La commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat a présenté un rapport proposant un plan d'investissement de 14 milliards d'euros sur la période 2025-2030. Destiné à prévenir ce que les sénateurs qualifient de « décrochage » capacitaire des armées françaises, ce plan comporte une série de mesures visant à accélérer ou à relancer plusieurs grands programmes d'armement.

Accélération des programmes et nouvelles commandes

Le rapport préconise de commander 70 chasseurs Rafale supplémentaires, au-delà des 42 appareils déjà prévus au titre de la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030. Il recommande également l'acquisition de trois nouvelles frégates de défense et d'intervention (FDI), portant leur nombre total dans la Marine nationale. Le Sénat souhaite par ailleurs le lancement d'un démonstrateur de drone de combat, capable d'opérer en essaim et de mener des missions de renseignement, de brouillage et de frappe.

Dissuasion et soutien aux industries

Dans le domaine de la dissuasion, la commission propose d'étudier le développement d'un missile balistique hypersonique pour remplacer à terme le missile ASMPA, vecteur aéroporté de la force de frappe nucléaire française. Le rapport insiste également sur la nécessité de soutenir les PME et ETI de la base industrielle et technologique de défense (BITD), confrontées, selon les sénateurs, à des difficultés de trésorerie et d'accès aux marchés.

Un financement à définir

Le coût total de ces mesures est estimé à 14 milliards d'euros jusqu'en 2030. Les sénateurs proposent plusieurs pistes de financement, dont le recours à un emprunt national ou à des ressources issues de la vente de fréquences hertziennes. Le rapport souligne que sans cet effort supplémentaire, la France risque de perdre des capacités opérationnelles face à des concurrents qui investissent massivement.

Réactions politiques

Le ministre des Armées a indiqué prendre connaissance du rapport tout en rappelant que la LPM actuelle, adoptée en 2023, prévoit 413 milliards d'euros sur la période 2024-2030, et que des ajustements sont déjà en cours. Des parlementaires de la majorité ont estimé que le plan sénatorial « va dans le bon sens », tandis que l'opposition de gauche juge ces dépenses insuffisantes au regard des besoins exprimés par les chefs d'état-major.

Contexte stratégique

Cette proposition intervient dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, marqué par la guerre en Ukraine et les incertitudes sur l'engagement américain en Europe. La commission sénatoriale estime que l'effort collectif doit être à la hauteur des enjeux, sans quoi la France pourrait voir son rang international s'éroder.