La campagne du président Donald Trump visant à redessiner les circonscriptions électorales du Congrès américain avant les élections de mi-mandat a subi deux revers majeurs dans le Sud des États-Unis. En Alabama, un panel de trois juges fédéraux a bloqué la mise en œuvre d’une nouvelle carte qui aurait supprimé l’un des deux districts à majorité noire de l’État. En Caroline du Sud, plusieurs élus républicains se sont alliés aux démocrates pour faire échouer un projet de redécoupage ciblant le siège du représentant James Clyburn, un démocrate noir influent.
Décision de justice en Alabama
Les juges ont estimé que la carte alabamienne était entachée de « discrimination raciale intentionnelle ». « En fin de compte, nous ne pouvons pas exiger des Alabamiens qu’ils votent aux élections de 2026 selon un plan de circonscription vicié par une discrimination raciale délibérée », ont-ils écrit dans leur décision. Les autorités républicaines de l’État, qui avaient déjà reporté les primaires pour quatre sièges à la Chambre des représentants afin d’élaborer un nouveau tracé, ont annoncé leur intention de faire appel devant la Cour suprême des États-Unis.
Rejet en Caroline du Sud
En Caroline du Sud, le vote sur une nouvelle carte visant à redessiner le district de James Clyburn — en poste depuis plus de trente ans — a échoué grâce à l’opposition de plusieurs sénateurs républicains. Le vote a eu lieu alors que le vote anticipé pour la primaire du 9 juin était déjà en cours. Le sénateur républicain Richard Cash a justifié son opposition en déclarant : « Ni ma conscience ni mon bon sens ne me permettront d’arrêter une élection qui a déjà commencé. »
Contexte : une poussée après un arrêt de la Cour suprême
Ces revers surviennent alors que la Cour suprême a récemment rendu un arrêt salué par Donald Trump comme une « grande victoire », assouplissant les garde-fous juridiques contre les pratiques de redécoupage discriminatoire. Cet arrêt a déclenché une course dans plusieurs États dirigés par les républicains pour redessiner leurs cartes avant les élections de mi-mandat, où le parti espère conserver ses majorités à la Chambre et au Sénat tandis que la popularité du président décline.
Un enjeu historique
La conception des cartes électorales est un sujet sensible aux États-Unis, où le découpage a historiquement servi à affaiblir le poids électoral des électeurs noirs, en particulier dans les États du Sud ayant un passé ségrégationniste. Les deux partis politiques pratiquent le « gerrymandering », qui consiste à tracer les circonscriptions pour favoriser leurs candidats. Mais l’administration Trump a ouvertement encouragé les partis d’État à redessiner les cartes pour consolider l’avantage républicain.
Répliques démocrates
Les démocrates ont répondu par des efforts similaires dans les États qu’ils contrôlent, notamment en Californie, où les électeurs ont approuvé une carte qui pourrait donner trois à cinq sièges supplémentaires au parti. Toutefois, cette stratégie a aussi connu des revers : une carte démocrate en Virginie a été invalidée par la Cour suprême de l’État début mai. Certains analystes estiment que de telles manœuvres des deux camps risquent de compromettre l’intégrité des élections, tandis que les démocrates présentent leurs actions comme un contrepoids nécessaire aux initiatives républicaines.