Un groupe de six femmes et treize enfants présentant des liens présumés avec l’organisation État islamique (EI) est arrivé en Australie, mardi 26 mai, en provenance du camp de réfugiés d’al-Roj, dans le nord-est de la Syrie. Deux groupes distincts ont atterri respectivement à Sydney et à Melbourne, selon des sources officielles.
Le ministre de l’Intérieur, Tony Burke, a déclaré que ces personnes avaient fait « le choix horrible de rejoindre une organisation terroriste dangereuse et de placer leurs enfants dans une situation indescriptible ». Il a précisé que le gouvernement australien ne leur avait apporté aucune aide pour ce retour. Le Premier ministre Anthony Albanese avait auparavant affirmé, lors de précédents rapatriements, que « si vous faites votre lit, vous vous y couchez », réaffirmant la position ferme des autorités.
Une femme déjà inculpée pour terrorisme
Parallèlement à ce retour, la police fédérale australienne a annoncé, jeudi 27 mai, avoir inculpé une femme revenue de Syrie pour des infractions en lien avec le terrorisme. Les détails précis des charges retenues n’ont pas encore été divulgués, mais une conférence de presse doit être tenue dans la journée. Cette inculpation s’ajoute à celles déjà prononcées contre trois autres femmes rapatriées plus tôt en mai, qui font face à des accusations de crimes contre l’humanité et de séjour dans une zone de conflit déclarée.
Selon les autorités, aucun membre du groupe arrivé mardi n’a été arrêté à son atterrissage, mais les enquêtes se poursuivent. Des médias locaux rapportent qu’un important dispositif policier a été déployé à l’aéroport de Melbourne, où une bousculade aurait éclaté tandis que le groupe était escorté par une entrée latérale.
Contexte et polémique politique
Ces retours s’inscrivent dans le cadre plus large du rapatriement des familles de combattants de l’EI détenues depuis 2019 dans le camp d’al-Roj. Plusieurs Australiennes avaient rejoint la Syrie à partir de 2012 pour épouser des membres de l’organisation. Le gouvernement australien et l’opinion publique restent divisés sur la question : certains estiment que ces personnes doivent être jugées en Australie, tandis que d’autres dénoncent un laxisme sécuritaire.
Des organisations de défense des droits plaident pour que les enfants, en particulier, bénéficient d’un soutien adapté. L’Australie n’est pas le seul pays confronté à ce dilemme : la France et le Royaume-Uni ont montré une forte réticence à rapatrier leurs ressortissants. En 2019, le Royaume-Uni avait déchu Shamima Begum de sa nationalité pour motifs de sécurité nationale.
Risques sécuritaires et appels à la réinsertion
Interrogé sur les risques potentiels, Afzal Ashraf, spécialiste des relations internationales et de la sécurité à l’Université de Loughborough, estime qu’ils doivent être évalués avec proportion. « Il y aura des défis sécuritaires, car ces personnes souffrent probablement de stress post-traumatique », a-t-il expliqué. « Statistiquement, le risque lié au terrorisme est bien inférieur à celui des accidents de la route. » Il préconise un soutien psychologique complet et des programmes de réinsertion pour atténuer les menaces.
En février dernier, le gouvernement australien avait émis une ordonnance d’exclusion temporaire contre une femme résidant en Syrie, lui interdisant de rentrer jusqu’en février 2028. Son enfant, qui n’était pas soumis à cette interdiction, a choisi de rester avec elle. Cette décision est actuellement contestée par la famille.