La 126e édition de Roland-Garros s'ouvre ce dimanche 24 mai à Paris, avec un immense favori : Jannik Sinner. Numéro 1 mondial, l'Italien de 24 ans débarque Porte d'Auteuil fort d'un début de saison historique. Il est en effet devenu le premier joueur de l'histoire à remporter les cinq premiers Masters 1000 de l'année : Indian Wells, Miami, Monte-Carlo, Madrid et Rome. Une razzia qui le place au sommet absolu du tennis mondial, d'autant que son grand rival Carlos Alcaraz, forfait sur blessure depuis sa finale perdue à Monte-Carlo, ne sera pas là pour lui barrer la route.

Un palmarès déjà colossal Avec cette série de victoires, Sinner a aussi réussi un exploit rare : il est le deuxième homme, après Novak Djokovic, à obtenir la collection complète des Masters 1000. Mais là où le Serbe avait attendu ses 31 ans, Sinner y parvient à seulement 24 ans. Sur terre battue, il a remporté les trois Masters 1000 de la surface, performance que seul Rafael Nadal avait accomplie avant lui. Son palmarès en Grand Chelem est déjà impressionnant : deux sacres à l'Open d'Australie (2024 et 2025), un titre à Wimbledon l'an dernier et un triomphe à l'US Open en 2024. Seul manque à son tableau de chasse la Coupe des Mousquetaires, qu'il convoite cette année.

Un parcours théoriquement favorable Le tableau de Sinner semble plutôt dégagé. Au premier tour, il devrait affronter le Français Clément Tabur, bénéficiaire d'une wild-card. Au second tour, il pourrait croiser Corentin Moutet, lui aussi Français. En quarts de finale, un duel face à l'Américain Ben Shelton est envisagé. Rien, a priori, qui ne puisse inquiéter le numéro 1 mondial.

Des signes de faiblesse inquiétants Pourtant, des doutes subsistent. Lors de sa dernière sortie à Rome, Sinner a affiché des signes de fatigue inhabituels : mains sur les hanches, tête baissée, il semblait payer son enchaînement de quatre Masters 1000 consécutifs. En demi-finale face à Daniil Medvedev, il a peiné à reprendre son souffle entre les points et a multiplié les mauvais choix, voulant à tout prix raccourcir les échanges. Autre statistique préoccupante : Sinner n'a encore jamais remporté un match de plus de quatre heures dans sa carrière. Or un Grand Chelem peut en réclamer plusieurs, surtout si la chaleur parisienne s'invite : 28 °C sont annoncés en moyenne. La Porte d'Auteuil, avec ses cinq sets et ses après-midi étouffants, est le théâtre idéal pour faire craquer même les certitudes les mieux établies.

Le piège de l'évidence Battu en finale l'an passé par Carlos Alcaraz au terme d'un match immense, Sinner revient à Paris avec un statut renforcé et sans son rival espagnol. Mais c'est peut-être là le paradoxe : quand tout semble acquis, la pression est telle qu'il semble difficile de la contenir. La question n'est plus de savoir s'il peut gagner Roland-Garros. Elle est de savoir si l'évidence, parfois, ne se retourne pas contre ceux qui la portent.