La joueuse ukrainienne Oleksandra Oliynykova a remporté son premier tour à Roland-Garros, mardi, face à la Russe Elena Pridankina. Mais au lieu de se réjouir uniquement de cette victoire, elle a saisi l’occasion pour dénoncer ce qu’elle perçoit comme un manque de prise de position des instances du tennis professionnel face à la guerre qui déchire son pays depuis plus de deux ans.

« Très perturbant »

Interrogée après la rencontre, Oleksandra Oliynykova a déclaré que « le silence sur le circuit » au sujet de la guerre en Ukraine « est très perturbant ». Elle a appelé les organisateurs des tournois « à arrêter de faire comme si rien n’était en train de se passer ». Selon elle, l’absence de réaction ou de message de soutien de la part des instances dirigeantes contraste avec la réalité quotidienne des Ukrainiens, qui subissent les conséquences du conflit.

Un contexte déjà tendu

Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, en février 2022, le monde du tennis est confronté à une situation délicate. Les joueurs russes et biélorusses sont autorisés à participer aux tournois sous bannière neutre, sans représentation de leur drapeau ni hymne national. Cette décision, prise par les principales organisations du tennis, a été critiquée par certains joueurs ukrainiens, qui estiment qu’elle banalise l’agression armée. En mars 2022, le joueur ukrainien Oleksandr Dolgopolov avait déjà dénoncé une position qu’il jugeait trop timorée.

Les réactions des instances

Les organisateurs de Roland-Garros, ainsi que la Fédération française de tennis, n’ont pas immédiatement répondu aux propos de la joueuse. En revanche, la Fédération internationale de tennis (ITF), l’ATP et la WTA ont rappelé leur attachement à une participation « inclusive » des joueurs, tout en réaffirmant leur condamnation de la guerre. Ces derniers mois, plusieurs tournois ont observé une minute de silence ou arboré des messages de paix, mais ces gestes sont jugés insuffisants par les sportifs ukrainiens.

Les précédents

En 2023, lors de Wimbledon, les joueurs ukrainiens avaient demandé que les Russes et Biélorusses soient exclus, mais les organisateurs avaient finalement maintenu la ligne de la neutralité. À Roland-Garros cette année, une banderole aux couleurs de l’Ukraine a été déployée par des spectateurs, et quelques joueurs ont affiché leur soutien via leurs tenues ou leurs déclarations. Cependant, Oleksandra Oliynykova estime que cela reste anecdotique face à l’ampleur du conflit.

Une voix qui porte

La victoire de la jeune femme (née en 2000) lui offre une tribune qu’elle compte utiliser. « Nous ne demandons pas de faire de la politique, mais simplement de reconnaître la réalité », a-t-elle ajouté. Ses propos interviennent alors que la guerre continue de faire des victimes civiles et militaires, et que les infrastructures ukrainiennes sont régulièrement ciblées.

Le silence dénoncé par Oliynykova reflète un malaise plus large dans le sport professionnel, où les questions géopolitiques sont souvent éludées au nom de l’apolitisme. Pour l’heure, aucun changement majeur n’est attendu dans la position des instances, mais la voix des joueurs ukrainiens se fait de plus en plus pressante.