Alors que de nouvelles révélations relancent le débat sur les violences policières lors de la manifestation contre les mégabassines à Sainte-Soline, l'avocate Chloé Chalot, qui représente plusieurs blessés, juge que les investigations judiciaires « ont été trop survolées ».

Un tir qui a failli être mortel

Me Chalot défend notamment Serge Duteuil-Graziani, grièvement blessé le 25 mars 2023. Ce jour-là, il reçoit un tir de lanceur de balles de défense (LBD) en pleine tête, à bout portant, alors qu'il se trouvait au pied d'une butte. Selon des informations concordantes, le gendarme qui a fait feu a été identifié. L'avocate rappelle que « les investigations avaient déjà privilégié cette piste » mais que le parquet de Rennes estimait qu'un doute subsistait. Elle déplore que les enquêteurs n'aient pas « exploité toutes les pistes, notamment sur les tirs de LBD et de grenades ».

Des blessés toujours en attente de vérité

Outre Serge Duteuil-Graziani, Me Chalot défend Mickaël Boulay, « Alix » et « Olivier », tous blessés lors de la même manifestation. Elle affirme que « les procédures ont été trop vite classées sans suite » et que « des éléments déterminants n'ont pas été versés au dossier ». L'avocate espère que les nouvelles révélations de la presse permettront de rouvrir des enquêtes et d'établir les responsabilités.

Réactions politiques

Parallèlement, des députés écologistes et insoumis ont réclamé une commission d'enquête parlementaire sur les violences commises lors de cette manifestation. Ils dénoncent un usage disproportionné de la force par les forces de l'ordre et demandent des comptes sur le nombre de blessés graves, estimé à plusieurs dizaines.

Le contexte : une manifestation sous haute tension

Le 25 mars 2023, plusieurs milliers de personnes avaient convergé vers Sainte-Soline pour protester contre la construction de réserves d'eau destinées à l'irrigation agricole. La manifestation avait dégénéré en affrontements avec les gendarmes, faisant de nombreux blessés parmi les manifestants mais aussi parmi les forces de l'ordre. Deux manifestants, l'un âgé de 37 ans et l'autre de 30 ans, avaient été grièvement blessés, suscitant une vive émotion dans le pays.

L'enquête administrative menée par l'IGGN

L'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) avait mené une enquête administrative sur les tirs effectués ce jour-là. Selon ses conclusions, le tir ayant touché Serge Duteuil-Graziani aurait été effectué par un gendarme mobile. Les inspecteurs avaient recommandé des poursuites disciplinaires, mais le parquet de Rennes n'avait pas suivi ces recommandations, estimant que les preuves étaient insuffisantes pour engager des poursuites pénales.

Des familles en quête de justice

Les familles des blessés de Sainte-Soline ont annoncé leur intention de saisir la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) si la justice française ne faisait pas toute la lumière sur ces violences. Elles dénoncent un « déni de justice » et réclament « la vérité et la reconnaissance de leur souffrance ». Me Chalot, de son côté, espère que les nouvelles révélations permettront de « faire bouger les lignes » et d'obtenir des résultats concrets.

Un dossier politique sensible

L'affaire Sainte-Soline continue de diviser l'opinion. D'un côté, les militants écologistes et des élus de gauche dénoncent une « répression violente » de la part des autorités. De l'autre, le gouvernement et une partie de la droite estiment que les forces de l'ordre ont agi dans le cadre légal pour faire face à des « activistes violents ». Le ministre de l'Intérieur de l'époque, Gérald Darmanin, avait salué le « professionnalisme » des gendarmes, tandis que des élus locaux appelaient à l'apaisement.

Les prochaines étapes judiciaires

Les avocats des blessés ont déposé plusieurs plaintes, notamment pour « tentatives d'homicide involontaire » et « violences volontaires avec arme par personnes dépositaires de l'autorité publique ». Ces plaintes ont été classées sans suite pour certaines, mais d'autres enquêtes sont en cours. Me Chalot espère que les nouvelles révélations conduiront à une réouverture des investigations et à l'audition de nouveaux témoins.

Un précédent inquiétant pour les défenseurs des droits

Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont la Ligue des droits de l'homme (LDH) et Amnesty International, ont dénoncé les violences policières lors de cette manifestation et appelé à une réforme des pratiques de maintien de l'ordre. Elles estiment que l'affaire Sainte-Soline illustre une dérive sécuritaire préoccupante. L'avocate Chloé Chalot partage cette analyse : « On ne peut pas laisser des gens être mutilés dans la rue sans que la justice ne se saisisse vraiment des dossiers. »