La Maison-Blanche a enclenché une offensive de dernière minute pour forcer le Congrès à adopter un financement d’un milliard de dollars destiné à la sécurité de la nouvelle salle de bal du président Donald Trump. Selon des sources proches des négociations, l’exécutif justifie cette demande par la nécessité d’éviter que des donateurs privés – notamment les géants de la tech Apple, Meta et Amazon – n’assument directement le coût d’un bunker présidentiel, ce qui serait politiquement délicat.

Un projet de sécurité en deux parties

Les mesures de sécurité envisagées pour le nouveau bâtiment, construit à l’emplacement de l’ancienne aile Est, se divisent en deux catégories principales. D’une part, le bunker souterrain, déjà en cours de réalisation grâce à des crédits alloués l’année dernière par le Congrès pour la sécurité de la Maison-Blanche. D’autre part, des éléments de surface comprenant des vitres blindées, un toit abritant un port de drones contre-offensifs et des lance-roquettes.

Les responsables de l’administration avertissent que si le milliard de dollars n’est pas voté, il faudra réduire ces équipements de protection, alors que le président a fait l’objet de multiples tentatives d’assassinat. La fusillade survenue le week-end dernier entre un homme armé et les agents du Service secret devant la façade de la Maison-Blanche a relancé les inquiétudes sur la vulnérabilité de certaines parties du complexe, notamment le West Wing.

Un problème créé par Trump lui-même ?

Plusieurs parlementaires républicains expriment en privé leur agacement. Ils estiment que si l’administration se retrouve aujourd’hui à quémander des fonds pour un bunker, c’est parce que Donald Trump a fait raser l’ancienne aile Est – et le refuge qui s’y trouvait – l’an dernier, sans avoir au préalable obtenu l’aval financier du Congrès. La Maison-Blanche aurait ainsi « externalisé » sur le législatif un problème dû à sa propre initiative.

Une obsession présidentielle

Donald Trump suit personnellement le dossier avec une attention maniaque. Depuis plusieurs jours, il examine les plans et modifie lui-même les détails architecturaux. Il aurait notamment décidé d’installer des colonnes corinthiennes – aux chapiteaux richement ornés de feuilles d’acanthe – plutôt que les colonnes ioniques plus sobres de la résidence. Le week-end dernier, en pleines négociations indirectes pour un cessez-le-feu avec l’Iran, il a été vu en train d’inspecter les colonnes extérieures du bâtiment.

La voie parlementaire bloquée

La semaine dernière, la parlementaire du Sénat Elizabeth MacDonough a empêché les républicains d’ajouter ce milliard de dollars à un texte sur le financement des mesures d’application des lois sur l’immigration. Une décision que certains sénateurs républicains accueillent avec soulagement. « Ce n’est pas la faute de la parlementaire, à ma connaissance, a déclaré le sénateur John Kennedy (Louisiane). Les voix ne sont tout simplement pas là, clairement et simplement. »

Un contexte politique toxique

Les collaborateurs de Trump reconnaissent que les républicains sont pris en tenaille : voter une telle somme pour un chantier présidentiel alors que les États-Unis sont engagés dans une guerre en Iran et que les prix de l’essence restent élevés est électoralement très risqué. Mais la Maison-Blanche se montre inflexible. « Les républicains n’ont qu’à serrer les dents et le faire », résume un conseiller de Trump, sous couvert d’anonymat.

Un contentieux juridique en suspens

Parallèlement, la construction est contestée par le National Trust for Historic Preservation. En avril, le juge fédéral Richard Leon a ordonné une suspension des travaux hors-sol jusqu’à ce que le Congrès autorise le projet. Cette décision a cependant été suspendue en appel. Les républicains disposent donc d’une fenêtre étroite pour décider s’ils accordent l’intégralité du milliard, une partie, ou rien.

De son côté, le porte-parole de la Maison-Blanche, David Ingle, défend cette demande en affirmant que les fonds serviront à « durcir la sécurité du complexe de la Maison-Blanche, à la protection supplémentaire des personnes protégées, à la Division des opérations spéciales, à la formation et à la sécurité renforcée pour les événements de grande envergure d’importance nationale ».