Deux des figures les plus influentes de l’intelligence artificielle reviennent sur leurs sombres prédictions concernant l’emploi. Sam Altman, PDG d’OpenAI, a reconnu s’être « trompé » quant à l’impact de l’IA sur les cols blancs, tandis que Dario Amodei, son homologue d’Anthropic, a nuancé ses scénarios catastrophes. Ces revirements interviennent alors que leurs entreprises préparent des introductions en Bourse qui pourraient les valoriser chacune à 1 000 milliards de dollars.

Altman : une expérience personnelle l’a fait changer d’avis

Sam Altman s’est exprimé lors d’un entretien avec le PDG de la Commonwealth Bank of Australia. Il a déclaré : « Je suis ravi de m’être trompé à ce sujet. Je pensais qu’à l’heure actuelle, l’impact sur les emplois cols blancs d’entrée de gamme aurait été plus important que ce qui s’est réellement produit. » Un an plus tôt, il affirmait dans un podcast que « beaucoup d’emplois disparaîtraient ». Aujourd’hui, il explique avoir tenté de déléguer ses échanges sur Slack et par courriel à l’IA, avant de finalement reprendre la main manuellement. « Nous tenons vraiment à nos interactions humaines, et je ne peux pas imagifier confier cela à une IA de sitôt. Cela m’a fait comprendre que la situation de l’emploi pourrait être très différente de ce que nous pensions. »

Amodei : l’automatisation comme multiplicateur de productivité

Dario Amodei avait un jour avancé que l’IA pourrait éliminer la moitié des emplois cols blancs. Mais début mai, il a reformulé sa vision. « Si vous automatisez 90 % d’un métier, tout le monde se concentre sur les 10 % restants, et ces 10 % s’étendent pour occuper 100 % de ce que les gens font, multipliant ainsi leur productivité par dix », a-t-il expliqué. Cette analyse rejoint celle d’économistes comme Alex Imas et Tyler Cowen.

David Solomon, le sceptique conforté par l’histoire

Contrairement à ses homologues, le PDG de Goldman Sachs, David Solomon, n’a jamais adopté de discours alarmiste. Dans une tribune récente, il a rappelé que l’emploi civil américain a augmenté de 145 % depuis 1962, malgré les disruptions technologiques. Selon lui, la construction de centres de données a déjà créé 200 000 emplois depuis 2022. Il cite également une étude du prix Nobel Daron Acemoglu montrant que l’effet de déplacement de l’IA est généralement compensé par une demande accrue de main-d’œuvre liée aux gains de productivité. « Qui d’entre nous a l’impression d’avoir moins de choses à faire malgré la commodité d’Excel, du courriel ou de Zoom ? », interroge-t-il.

Des chiffres contrastés

Les données sur le marché du travail restent partagées. Les licenciements dans le secteur technologique ont dépassé 115 000 depuis le début de l’année 2026, soit presque autant que sur l’ensemble de l’année 2025, des entreprises comme Meta, Amazon et Snap invoquant l’IA comme motif de coupes. Mais pour Solomon comme pour les deux autres dirigeants, ces ajustements sectoriels ne préfigurent pas une apocalypse généralisée.

Un contexte d’introductions en Bourse

OpenAI et Anthropic préparent toutes deux leur entrée en Bourse cette année, avec des valorisations estimées à 1 000 milliards de dollars chacune. Ce calendrier financier pourrait expliquer en partie l’adoucissement du discours de leurs dirigeants, soucieux de rassurer les investisseurs potentiels sur la pérennité de l’emploi et la stabilité sociale. Sam Altman a d’ailleurs reconnu avoir essuyé des critiques pour avoir semé l’inquiétude, tout en justifiant sa vigilance passée : « Je voyais un risque réel et il fallait en parler. Et ce risque existe toujours. »