Un vote décisif pour le géant des puces

Les salariés de Samsung Electronics, géant sud-coréen des semi-conducteurs, se prononcent par vote électronique à partir de ce vendredi 22 mai et jusqu’au 27 mai sur un accord de principe conclu mercredi avec la confédération syndicale. Ce texte instaure un régime de primes annuelles équivalant en moyenne à 509 millions de wons, soit près de 290 000 euros par salarié éligible. Environ 70 000 employés syndiqués peuvent participer au scrutin. Selon l’avocat de l’organisation syndicale, l’accord sera automatiquement ratifié si plus de la moitié des votants se présentent et si une majorité des suffrages exprimés l’approuve.

Cet accord a été arraché lors de négociations de dernière minute, alors que 47 000 salariés menaçaient de se mettre en grève pour dix-huit jours à compter de jeudi. Le conflit social s’inscrit dans un contexte de superprofits liés à l’intelligence artificielle, qui a dopé l’activité du département des puces mémoires. Au premier trimestre, le bénéfice d’exploitation de Samsung Electronics a bondi d’environ 750 % sur un an, et sa capitalisation boursière a dépassé le seuil de 1 000 milliards de dollars début mai.

Un mécanisme de prime lié à la performance

Le nouveau régime de primes, d’une durée de dix ans, est conditionné à des objectifs annuels de performance qualifiés d’ambitieux. Il prévoit que les employés de la division des semi-conducteurs perçoivent un montant équivalant à 10,5 % du bénéfice d’exploitation du département, versé en actions, auquel s’ajoute 1,5 % supplémentaire en espèces.

Selon un responsable de l’entreprise interrogé jeudi, quelque 78 000 personnes – sur un effectif total de 125 000 salariés en Corée du Sud – devraient recevoir cette année 509 millions de wons en moyenne. Ce calcul se fonde sur un bénéfice d’exploitation annuel attendu par le marché à 331 000 milliards de wons, soit environ 187,69 milliards d’euros.

Des tensions sociales internes et externes

Le mouvement de contestation qui a conduit à cet accord dépasse le seul périmètre de Samsung. Plusieurs syndicats à travers le pays, notamment dans les biotechnologies, l’automobile, l’informatique et la construction navale, formulent des revendications similaires. Ceux de Samsung Biologics et de Hyundai Motor Group réclament notamment une part accrue des bénéfices sous forme de primes.

Au sein même de Samsung, l’accord pourrait raviver des tensions entre les divisions. Les employés de la branche semi-conducteurs bénéficieront des nouvelles primes, tandis que ceux des autres départements du conglomérat – écrans, téléphones, électronique grand public – voient leurs bénéfices d’exploitation stagner ou reculer.

Par ailleurs, une menace juridique plane sur l’accord. Un collectif d’actionnaires individuels s’y oppose, jugeant les dispositions illégales en l’absence de feu vert de l’assemblée générale. Ce collectif se dit prêt à saisir la justice pour tenter de bloquer l’application du nouveau régime de primes.

Un contexte politique prudent

Le président sud-coréen, Lee Jae-mung, dont les positions sont connues pour être favorables aux travailleurs, s’est montré extrêmement prudent face à ce dossier. Le gouvernement avait auparavant menacé de déclencher une procédure d’arbitrage d’urgence pour suspendre une éventuelle grève.

Le 12 mai, le secrétaire de la présidence, Kim Yong-beom, avait évoqué la nécessité de réfléchir à un partage de la manne financière générée par l’intelligence artificielle via un « dividende national » pouvant financer un revenu de base ou les pensions de retraite. Cette déclaration avait été rapidement recadrée par l’exécutif.

Le vote des salariés, qui doit s’achever le 27 mai, déterminera l’entrée en vigueur de cet accord historique pour le premier fabricant mondial de puces mémoires.