L’administration Trump a été contrainte de faire marche arrière sur les sanctions visant Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens. Mercredi 27 mai, la Maison-Blanche avait annoncé le rétablissement de ces mesures, mais la justice fédérale américaine a suspendu leur application quelques jours plus tard, à la suite d’un recours introduit par l’intéressée.
Un revers judiciaire pour la Maison-Blanche
Placée sur une liste noire internationale depuis plusieurs semaines, Francesca Albanese avait vu son accès au système financier américain bloqué, ainsi que ses avoirs gelés. Ce blocage intervenait dans un contexte de tensions autour des accusations de « génocide à Gaza » portées par la rapporteuse spéciale contre Israël. L’administration Trump, qui soutient fermement Israël, avait justifié ces sanctions par des déclarations jugées « hostiles » aux intérêts américains.
Mais le 20 mai, un tribunal fédéral a donné raison à Francesca Albanese, estimant que la procédure de sanctions était entachée d’irrégularités. Le juge a ordonné la levée immédiate des mesures, forçant l’exécutif à s’exécuter. Cependant, dès le 27 mai, la Maison-Blanche a tenté de rétablir les sanctions en contournant la décision judiciaire, invoquant un nouvel argument juridique.
La riposte de la rapporteuse spéciale
Francesca Albanese a immédiatement contesté ce nouveau tour de vis. Ses avocats ont saisi le même tribunal fédéral, qui a de nouveau suspendu les sanctions le 29 mai, en attendant une audience au fond. Dans une déclaration transmise par son équipe juridique, la rapporteuse spéciale a salué une « victoire du droit international contre l’arbitraire politique ».
« Ces sanctions visaient à faire taire une voix indépendante qui dénonce les violations du droit international à Gaza. La justice américaine a montré qu’elle ne se laisse pas dicter sa conduite par des considérations politiques », a-t-elle affirmé.
Un bras de fer politique et juridique
Cette affaire illustre le conflit récurrent entre l’administration Trump et les mécanismes onusiens, en particulier ceux critiques envers Israël. Francesca Albanese, nommée rapporteuse spéciale en 2022, a régulièrement dénoncé des « actes de génocide » dans la bande de Gaza, ce qui lui a valu les foudres de Washington et de Jérusalem.
La décision de la justice américaine intervient alors que la Cour internationale de justice (CIJ) examine une plainte pour génocide déposée par l’Afrique du Sud contre Israël. Francesca Albanese a fourni un rapport à la CIJ, ce qui a accentué les tensions avec les États-Unis.
Des précédents similaires
Ce n’est pas la première fois que des sanctions américaines contre des personnalités internationales sont contestées devant les tribunaux. En 2020, des juges avaient déjà suspendu des mesures similaires visant des procureurs de la Cour pénale internationale (CPI). Les experts juridiques estiment que cette nouvelle décision pourrait créer un précédent pour les rapporteurs spéciaux de l’ONU.
Prochaines étapes
L’administration Trump pourrait faire appel de la suspension devant une cour supérieure, tandis que Francesca Albanese demande l’annulation définitive des sanctions. L’audience au fond est prévue dans les prochaines semaines. En attendant, la rapporteuse spéciale peut à nouveau voyager et utiliser le système bancaire américain sans restriction.
Le Département d’État, joint par notre rédaction, n’a pas souhaité commenter une procédure en cours. De son côté, la représentante américaine à l’ONU a qualifié la suspension de « regrettable », réaffirmant le soutien de Washington à Israël.
Cette affaire met en lumière la fragilité des protections offertes aux experts onusiens face à des pressions politiques, et la capacité de la justice à les défendre.