Le programme du Système de combat aérien du futur (SCAF), le futur chasseur européen qui doit remplacer à l'horizon 2040 les avions de combat Rafale et Eurofighter, est confronté à une remise en question fondamentale en raison des transformations des conflits modernes observées notamment en Ukraine.

Un programme né en temps de paix devenu inadapté

« Ce programme a été lancé avant la guerre en Ukraine. Il a été conçu en temps de paix, sur la base d’un certain nombre d’hypothèses qui ne sont plus valables aujourd’hui », a déclaré Guillaume Faury, le président exécutif d'Airbus, à l’ouverture de l’Airbus Defence Summit en Allemagne. Ces déclarations, rapportées le 21 mai 2026, indiquent que le projet doit être « complètement repensé » face à l’évolution récente des conflits.

Lancé en 2017 par le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel, puis renforcé par l'Espagne deux ans plus tard, le SCAF était conçu comme un symbole de la coopération en matière de défense et de sécurité entre les deux principales puissances européennes. Il devait permettre de présenter un front uni face à une Russie hostile et à un engagement américain jugé de plus en plus hésitant dans la sécurité du continent.

Le drone, acteur central des nouveaux conflits

L’utilisation massive de drones durant la guerre en Ukraine, mais aussi au Moyen-Orient, a profondément modifié la perception du rôle des avions de combat. « Est-ce que l'avion de combat va vraiment être la plate-forme dominante dans les années à venir ? Pas sûr : contre une armée de drones, il ne va pas faire grand-chose », a souligné Antoine Kimmel, expert aérospatial et défense du cabinet Roland Berger, cité par l'AFP. Selon lui, « on se trompe de débat, dans le sens où ce n'est pas le sujet majeur de la défense aérienne de demain ».

Des besoins divergents entre armées de l’air

Le SCAF, initialement prévu comme un ensemble connecté comprenant un avion de nouvelle génération, des drones et un système de combat numérique, voit également sa pertinence interrogée par la divergence des besoins exprimés par les différentes armées de l’air. Pour Mike Schoellhorn, responsable de la branche Airbus Defense and Space, le développement d'un seul et même avion devient problématique alors que « les différentes armées de l'air expriment des besoins nettement distincts ».

Une « crise existentielle » pour le projet

Jean-Brice Dumont, responsable des avions militaires chez Airbus, a qualifié la situation de « crise existentielle » pour le SCAF. « On ne peut plus se dire qu'on va faire un avion en 2040 alors qu'il y a le feu à la maison », a-t-il déclaré dans une interview à l'AFP, préconisant de commencer par intégrer les avions existants dans un système de combat collaboratif. Quant au futur avion de chasse, il a estimé qu'« il reste nécessaire, mais il n'est pas suffisant », alors que les combats commencent « près du sol avec des hélicoptères et des drones ».

Les tensions franco-allemandes persistent

Au-delà des remises en question stratégiques, le programme est miné par des rivalités industrielles et des problèmes de gouvernance entre Dassault Aviation, maître d'œuvre côté français, et Airbus, qui représente l'Allemagne et l’Espagne. Ces dissensions ont déjà contraint le président Macron à lancer une médiation pour sauver le projet. La guerre en Ukraine ajoute donc une pression supplémentaire sur un programme déjà fragile, le forçant à s'adapter à un environnement sécuritaire radicalement différent de celui de sa conception.