À Paulhan, dans l'Hérault, le mas Nicolas incarne un projet agricole et culturel hors norme. Sylvain Roubira et Pierre Gulliez, deux trentenaires, y cultivent des oliviers, des plantes aromatiques et des blés anciens, produisant huile d'olive, farine et pâtes. Mais leur ferme ne se limite pas à la production : depuis 2022, elle accueille ateliers, colonies de vacances et soirées festives (dub, reggae, techno) organisées en partenariat avec des associations locales. « On voulait participer à créer du lien, de la mixité », explique Pierre Gulliez. L'ambition affichée est de lutter contre l'isolement dans une zone rurale marquée par un faible tissu associatif.
Un succès populaire et économique L'association la Cinquième saison, qui porte le projet, revendique avoir accueilli près de 4 000 personnes en trois ans. Les soirées, à prix accessible, incluent des mesures de prévention contre les violences sexistes et les addictions. L'activité culturelle, selon les exploitants, assurait la viabilité économique de la ferme : « Ce n'est pas avec notre seule activité agricole qu'on arrivait à vivre », confie Sylvain Roubira. Florence Cros, de l'association Terre-contact, salue un « travail hyper précieux » qui « rapproche les gens de leur territoire ». L'épicerie solidaire qu'elle gère vend l'huile du mas.
Un contrôle inopiné aux conséquences lourdes Le 20 juin 2025, jour de la Fête de la musique, une soirée était organisée avec l'association H2O, connue dans le milieu des raves et free parties. Quelques heures avant le début, des policiers, un élu municipal, un représentant du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) et un agent de la préfecture débarquent pour un contrôle « inopiné ». Le rapport de visite, que nous avons pu consulter, pointe un risque incendie et émet un avis « défavorable » à l'ouverture du site au public. Un arrêté municipal ordonne alors la fermeture administrative du lieu, jusqu'à mise en conformité avec la réglementation des établissements recevant du public (ERP).
Un conflit d'interprétation réglementaire Pour les agriculteurs, l'inspection est disproportionnée : ils estiment que leurs événements en extérieur ne relèvent pas de la même catégorie qu'une salle de concert fermée. « On a été contrôlés comme une salle de concert, alors qu'on organisait des soirées as », déplorent-ils, la phrase restant en suspens dans leur témoignage. Depuis ce contrôle, la ferme est privée de toute activité culturelle, ce qui a entraîné une perte de plus de 60 000 euros, selon les exploitants. Le mas Nicolas se trouve au bord de la banqueroute. Les deux agriculteurs dénoncent un sentiment d'arbitraire, accusant les autorités de les avoir « pris pour des pigeons ».
Un modèle agricole et social sous pression L'affaire illustre les difficultés des tiers-lieux agricoles qui mêlent production, événements culturels et ancrage local. Alors que la ferme du mas Nicolas tentait de raviver un lien social défaillant dans cette « ruralité oubliée », elle se heurte à une réglementation conçue pour des établissements permanents. Le collectif Vivants vigilants, qui a relayé l'information, dénonce un « acharnement administratif ». Les exploitants espèrent une issue favorable, mais l'avenir du projet reste suspendu à la décision des autorités.