La NASA s'apprête à franchir une étape décisive dans l'exploration spatiale avec le projet SR1-Freedom, un vaisseau propulsé par un réacteur nucléaire à fission, dont le départ vers Mars est programmé pour 2028. Présenté lors d'une conférence de l'agence en mars dernier, ce véhicule doit transporter trois hélicoptères martiens baptisés Skyfall, directement inspirés du petit rotor Ingenuity qui a prouvé en 2021 qu'un vol était possible dans l'atmosphère ténue de Mars.

Un prototype pour tester la propulsion nucléaire électrique

Contrairement aux fusées chimiques classiques comme Ariane, Starship ou New Glenn, qui nécessitent un voyage d'au moins sept mois pour rejoindre Mars, SR1-Freedom utilisera une propulsion nucléaire électrique. Le principe est connu depuis les années 1960, avec le programme NERVA, abandonné sous la présidence de Richard Nixon. Le réacteur à fission produira de l'électricité, laquelle servira à ioniser un propergol – en l'occurrence du xénon – générant une poussée continue qui s'accumule progressivement pour atteindre des vitesses bien supérieures à celles des fusées chimiques.

Cette technologie présente un avantage crucial pour les longues distances interplanétaires. Comme l'a souligné Jared Isaacman, administrateur de la NASA, « Nous n'avons pas besoin de l'énergie nucléaire pour l'orbite terrestre ; la propulsion chimique est clairement suffisante, tout comme l'énergie solaire en orbite. Nous en avons besoin pour explorer d'autres planètes et lunes plus éloignées du Soleil ». Si SR1-Freedom mettra environ un an pour atteindre Mars, les versions futures de cette technologie devraient réduire ce délai à deux ou trois mois, une révolution pour l'exploration habitée qui limiterait drastiquement l'exposition aux radiations et les contraintes physiques pour les astronautes.

Des hélicoptères martiens pour repérer les sites d'atterrissage

La mission SR1-Freedom n'est pas seulement un démonstrateur technologique : elle emportera également trois hélicoptères Skyfall, plus grands et plus puissants qu'Ingenuity. Leur mission consistera à repérer les meilleurs sites d'atterrissage pour les futures missions habitées. La NASA teste déjà ces rotors dans son Jet Propulsion Laboratory, comme en témoignent les images de Jaakko Karras inspectant une pale de rotor dans un simulateur spatial en novembre 2025.

Un tournant pour l'exploration spatiale

Bien que SR1-Freedom soit avant tout un prototype destiné à évoluer, sa réussite pourrait transformer en profondeur notre capacité à explorer le système solaire. En réduisant le temps de voyage vers Mars, la propulsion nucléaire électrique ouvre la voie à des missions habitées moins risquées et plus fréquentes. La NASA mise sur cette technologie pour concrétiser la conquête de la planète rouge, après des décennies de travaux sur les moteurs nucléaires spatiaux. Le vaisseau, s'il répond aux attentes, marquera une première dans l'histoire de l'exploration spatiale : l'utilisation d'un réacteur nucléaire pour propulser un engin interplanétaire.