Les dirigeants iraniens estiment avoir « gagné la guerre » menée par les États-Unis et Israël contre leur pays, selon des informations recueillies auprès de sources proches des négociations. Un accord intérimaire, qui pourrait être conclu prochainement, prévoirait la réouverture du détroit d’Ormuz et le dégel partiel des avoirs iraniens gelés à l’étranger. Le président américain Donald Trump aurait également cédé sur un point clé du dossier nucléaire, en acceptant que l’enrichissement de l’uranium se poursuive à l’intérieur du territoire iranien, plutôt que d’exiger l’exportation du combustible.
Un accord favorable à Téhéran L’accord intérimaire prévoit la levée des blocages imposés par Téhéran et Washington dans le détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique. Selon un consultant politique proche de la partie iranienne, le texte pourrait affirmer que la souveraineté sur ce passage est partagée entre l’Iran, Oman et d’autres pays de la région. L’Iran ne pourrait pas imposer un péage aux navires, mais serait autorisé à prélever une « taxe de protection environnementale », dont le produit serait réparti avec Oman et d’autres États riverains. Une partie des milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés à l’étranger serait également libérée.
Sur le nucléaire, une concession majeure de Trump L’accord initial doit être suivi de négociations sur le programme nucléaire iranien, présenté comme la cause officielle de la guerre. Le président Trump a publiquement signalé une concession importante : il pourrait accepter un engagement à diluer l’uranium hautement enrichi à l’intérieur même de l’Iran, plutôt que de l’exporter. Le consultant politique basé à Téhéran affirme que Washington avait déjà cédé sur ce point en privé il y a deux semaines, et que Donald Trump se contenterait de rendre cette concession publique.
Une victoire politique pour le camp modéré La conclusion d’un tel accord représenterait un triomphe pour le régime iranien, qui aurait non seulement survécu à une offensive militaire majeure, mais obtiendrait un arrangement plus favorable que toutes les offres précédentes. Les élites sécuritaires qui dirigent actuellement le pays l’auraient emporté sur les ultra-durs partisans de la confrontation, rassemblés autour du conservateur Saeed Jalili. Mohammad Baqer Qalibaf, chef de l’équipe de négociation iranienne, a été réélu président du Parlement avec une large majorité, la faction anti-accord ayant échoué à empêcher le scrutin. Selon un média iranien, Jalili aurait été écarté des réunions du Conseil national de sécurité, ce que son équipe dément.
Le retour progressif d’un accès à Internet Le régime pourrait assouplir certaines de ses mesures les plus répressives. Le président réformateur Masoud Pezeshkian a annoncé la réouverture prochaine d’Internet, bloqué depuis janvier après la répression meurtrière de manifestations ayant fait des dizaines de milliers de morts. Pezeshkian serait parvenu à contourner un organe pro-censure dominé par les conservateurs. Mercredi, des millions d’Iraniens ont retrouvé un accès au réseau.
Les limites du triomphe Malgré cette apparente victoire, les défis intérieurs restent immenses. Le régime continue de persécuter les dissidents et de maltraiter les prisonniers politiques ; des dizaines d’exécutions ont eu lieu ces dernières semaines pour des motifs fragiles. Quatre manifestants arrêtés en 2022 ont été condamnés à mort cette semaine.
La ligne dure inchangée sur le plan extérieur La politique étrangère ne montre aucun signe d’apaisement. Mojtaba Khamenei, désigné guide suprême il y a près de trois mois, ne s’est toujours pas montré en public et n’a publié aucun message audio ou vidéo. Il n’a pas non plus utilisé ses pouvoirs constitutionnels pour nommer de nouveaux responsables, même pour pourvoir des postes vacants. Dans un message lu à la télévision d’État, il a menacé les pays voisins que l’Iran continuerait de cibler les bases américaines sur leur sol. Il a réaffirmé la position éliminatoire du régime envers Israël, évoquant un « régime sioniste précaire » et une « tumeur cancéreuse appelée Israël » qui aurait « approché la fin de sa vie abjecte », reprenant une vantardise de son père datant de 2015 selon laquelle Israël serait détruit d’ici 2040.
Des problèmes de paix plus difficiles que la guerre L’accord intérimaire ne résoudra pas les problèmes fondamentaux de l’Iran. Le régime n’a pas obtenu de clause mettant fin à la guerre d’Israël contre le Hezbollah ; Israël a entamé des négociations directes avec le Liban, au grand dam de Téhéran. Pour obtenir la levée des sanctions nécessaire à la reconstruction économique, l’Iran devra conclure un accord nucléaire avec les États-Unis. En attaquant ses voisins arabes, Téhéran les a en outre éloignés. Israël ne restera pas inactif face à un adversaire qui prône sa destruction. Comme le résume un consultant proche des négociations, les dirigeants iraniens pourraient bientôt apprendre que « les problèmes de la paix sont les plus difficiles à résoudre ».