Un constat partagé : l'IA progresse dans les territoires mais reste confrontée à des obstacles structurels
Les collectivités locales françaises sont déjà largement engagées dans la transformation numérique par l'intelligence artificielle. Selon les données du programme, 77 % d'entre elles ont initié ou s'apprêtent à lancer des projets d'IA. Pourtant, cette dynamique ne se traduit pas encore par un déploiement massif et homogène sur l'ensemble du territoire. Plusieurs freins persistent : un déficit de compétences techniques, des ressources financières contraintes, une qualité insuffisante des données disponibles et une confiance encore fragile dans cette technologie.
C'est pour répondre à ces difficultés que la Banque des territoires, en association avec l'État, a lancé le programme Territoires d'IA. L'objectif est clair : passer des expérimentations isolées à des usages concrets, reproductibles et déployables à grande échelle dans les collectivités. Le programme ambitionne d'accompagner 100 000 agents publics dans l'usage de l'IA d'ici à 2030, autour de quinze cas d'usage types.
Une IA Factory pour mutualiser et industrialiser les solutions
Le dispositif Territoires d'IA s'articule autour de quatre leviers complémentaires, dont une « IA Factory ». Cette structure est conçue pour concevoir, tester et partager des solutions réplicables, co-construites avec des collectivités pilotes. L'idée est d'éviter que chaque territoire ne développe sa propre solution en silo, favorisant ainsi l'industrialisation et la mutualisation des innovations.
Dans ce cadre, trois premiers projets d'IA ont déjà été sélectionnés parmi une quinzaine de cas d'usage prévus. L'un d'eux, porté par le département de la Côte-d'Or, concerne la détection automatique des dégradations de voirie, comme les nids-de-poule. L'objectif est de permettre un diagnostic automatisé de l'état des routes afin d'anticiper et de planifier les opérations de maintenance, améliorant ainsi la gestion des infrastructures publiques.
De premiers territoires pilotes retenus
Bordeaux Métropole figure parmi les premiers territoires retenus dans le cadre du programme Territoires d'IA. Cette sélection illustre la volonté de tester et de valider les solutions dans des contextes variés avant de les étendre à d'autres collectivités. L'IA Factory devrait permettre de capitaliser sur ces expériences pour affiner les outils et les méthodes, puis les diffuser largement.
Au-delà de la voirie, les cas d'usage envisagés couvrent d'autres domaines des services publics locaux, bien que les sources disponibles ne précisent pas encore l'ensemble des thématiques retenues. Le programme vise à structurer une offre de solutions IA adaptées aux besoins spécifiques des collectivités, qu'il s'agisse de l'accès aux services publics, de la gestion des infrastructures ou de l'optimisation des processus administratifs.
Un enjeu de confiance et de compétences
L'un des obstacles majeurs identifiés par les porteurs du programme est le niveau de confiance dans la technologie. Pour lever cette réticence, Territoires d'IA mise sur une approche pragmatique : en partant de cas concrets et en associant les agents publics à la conception des outils, le programme espère démontrer l'utilité et la fiabilité de l'IA. La formation des agents – objectif de 100 000 personnes d'ici six ans – est un pilier central de cette stratégie d'appropriation.
Par ailleurs, la question des données, souvent pointée comme un frein par les collectivités, est prise en compte : la qualité insuffisante des données locales nécessite un travail d'accompagnement et de normalisation pour permettre aux algorithmes de fonctionner efficacement. Le programme prévoit donc un volet dédié à l'amélioration de la donnée.
Un cadre national pour une transformation locale
Territoires d'IA s'inscrit dans une politique plus large de l'État visant à accélérer la diffusion de l'intelligence artificielle dans l'ensemble des services publics. En ciblant spécifiquement les collectivités territoriales, le programme répond à un besoin d'équité territoriale : éviter que les grandes métropoles, mieux dotées en compétences et en moyens, ne soient les seules à bénéficier des apports de l'IA.
La Banque des territoires, en tant que bras financier et opérationnel de l'État pour l'aménagement du territoire, joue un rôle clé dans ce dispositif. Elle apporte à la fois des capacités d'investissement, une expertise en matière de projets numériques et un réseau de collectivités partenaires.
Avec ce programme, l'État et la Banque des territoires espèrent transformer l'essai : faire passer l'IA dans les collectivités d'une phase d'expérimentation à une phase d'industrialisation, avec des bénéfices tangibles pour les citoyens et les agents publics.