Alors que trois collectivités sur quatre ont déjà engagé un projet d’intelligence artificielle ou s’y préparent, un fossé persiste entre les métropoles, capables de déployer des systèmes sophistiqués, et les communes de moins de 10 000 habitants, freinées par le manque de compétences techniques, de moyens financiers, la mauvaise qualité des données et une méfiance envers l’IA. C’est pour combler ce retard que le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, a lancé le programme « Territoires d’IA », en collaboration avec la Banque des Territoires.
Un partenariat État-Banque des Territoires
« Territoires d’IA » vise à partager cas d’usage, expertises et retours d’expérience sur le déploiement de l’intelligence artificielle dans les services publics. La direction interministérielle du numérique (Dinum), qui doit bientôt devenir l’Autorité de l’intelligence artificielle et du numérique de l’État (Ariane), siégera dans le comité partenarial du programme. Ce positionnement stratégique doit permettre de définir des standards communs et de travailler à des solutions « documentées, portables et réutilisables », conçues comme des biens communs numériques à l’échelle de tout le secteur public.
La Dinum mettra notamment à disposition des agents publics le socle interministériel d’IA générative (SIIAG), via son département Intelligence artificielle dans l’État (IAE). La future autorité Ariane sera également chargée d’organiser la Base Industrielle et Technologique du Numérique (BITN), une cartographie de l’industrie numérique française sur laquelle la Banque des Territoires pourra s’appuyer pour orienter ses choix technologiques.
Trois axes d’action
La coopération entre l’État et la Banque des Territoires s’articule autour de trois axes. Le premier concerne le partage de cas d’usage : mutualisation des expériences et co-développement de solutions réplicables entre administrations centrales et collectivités. Le deuxième axe porte sur la souveraineté numérique, avec la transmission de l’expertise du SIIAG pour définir collectivement ce qu’est une intelligence artificielle « souveraine et de confiance ». Enfin, le troisième axe vise la connaissance de l’écosystème IA, via le partage de la veille technologique de la Dinum et l’accès futur aux données de la BITN.
Une IA Factory et des financements dédiés
Le dispositif prévoit la création d’une « IA Factory », destinée à concevoir, expérimenter et diffuser des cas d’usage d’intelligence artificielle souveraine, élaborés avec des collectivités pilotes puis documentés pour être facilement répliqués. Il s’accompagne d’un guichet de cofinancement visant à faciliter l’acquisition de solutions d’IA souveraine et leur appropriation par les agents publics. Un appui en ingénierie et en expertise sera mobilisable tout au long des projets, de la définition des besoins jusqu’au déploiement et au pilotage opérationnel.
L’ensemble s’inscrit dans une dynamique collective reposant sur des ressources mutualisées et un écosystème de partenaires nationaux et locaux, notamment via la plateforme Numérique360, qui propose webinaires thématiques, retours d’expérience, guides pratiques et témoignages de collectivités.
Dans le cadre d’« Horizon Numérique 2030 »
« Territoires d’IA » s’insère dans le plan stratégique plus large « Horizon Numérique 2030 », porté par la Banque des Territoires et lancé en 2026. Doté d’une enveloppe de 18 milliards d’euros d’ici 2030, ce plan repose sur six priorités : l’émergence de champions européens du numérique, la structuration d’une chaîne de valeur continentale, le renforcement des solutions souveraines, la compétitivité des entreprises, l’appropriation du numérique par les citoyens, et d’autres axes structurants. Un groupe de travail a également été constitué en parallèle pour approfondir certains sujets liés à l’infrastructure numérique, notamment les centres de données.