Houston, Texas — Le secteur du barbecue texan, pilier de l’identité culinaire de l’État, traverse une crise sans précédent. La flambée des prix de la viande, et en particulier du bœuf, a contraint plusieurs établissements parmi les plus anciens à mettre la clé sous la porte, tandis que d’autres, y compris les plus célébrés, luttent pour maintenir leur activité.

Russell Roegels, propriétaire du Roegels Barbecue Co. à Houston, suit de près l’évolution du prix du brisket, la pièce maîtresse de tout menu barbecue texan. Sur son tableau de bord, le chiffre est sans appel : 5,56 dollars la livre. Ce coût, qui ne cesse de grimper, illustre la pression qui s’exerce sur l’ensemble de la filière. « Si le barbecue texan avait une alarme, ce serait ce tableau », résume Roegels, assis dans son restaurant en banlieue de Houston.

Une hécatombe sans précédent

La hausse vertigineuse des prix du bœuf n’épargne personne. Des institutions vieilles de plusieurs décennies, qui avaient traversé les crises économiques et les guerres, n’ont pas survécu à cette nouvelle donne. Les propriétaires évoquent des marges devenues inexistantes, malgré des hausses de prix répercutées sur la clientèle. Mais dans un État où le barbecue est une tradition ancrée, augmenter le prix du sandwich ou de la livre de brisket trop fortement peut signer l’arrêt de mort d’un commerce.

Les experts du secteur soulignent que ce phénomène dépasse le simple effet de l’inflation générale. Les prix du bœuf ont augmenté bien plus vite que ceux des autres denrées, en raison d’une conjonction de facteurs : la réduction des cheptels, la hausse des coûts de l’alimentation animale et de l’énergie, sans oublier les tensions sur les chaînes d’approvisionnement. Le Texas, premier État producteur de bœuf du pays, est paradoxalement l’un des plus durement touchés.

Les célébrités du barbecue en première ligne

Même les restaurants les plus réputés de l’État, régulièrement classés parmi les meilleurs du pays, sont contraints de s’adapter. Certains ont réduit leurs horaires d’ouverture, d’autres ont supprimé des plats de leur menu. Quelques-uns ont carrément renoncé à servir du brisket certains jours, faute de pouvoir s’approvisionner à un prix raisonnable. La situation est jugée « intenable » par plusieurs acteurs du secteur, qui ne voient « aucun répit à l’horizon », selon les termes d’un rapport récent.

Les clients, fidèles, commencent à ressentir les effets de la crise. Les files d’attente s’allongent devant les établissements encore ouverts, tandis que les prix des assiettes ont grimpé de manière significative. Certains Texans, habitués à consommer du barbecue plusieurs fois par semaine, réduisent leurs visites.

Un avenir incertain

Les perspectives pour les mois à venir sont sombres. Aucun signe de détente sur les marchés de la viande n’est attendu à court terme. Les autorités locales et les associations professionnelles cherchent des solutions, mais les marges de manœuvre sont limitées. Le gouvernement fédéral a été interpellé, mais sans réponse concrète pour l’instant.

Le barbecue texan, élément central de la culture et de l’économie locales, traverse donc une période charnière. Alors que certains des plus vieux établissements ferment définitivement, la question se pose : combien d’autres suivront ? Les prochains mois diront si la tradition peut résister à la flambée des coûts, ou si elle devra se réinventer pour survivre.