Bangkok durcit les conditions d’entrée pour les voyageurs étrangers. Le gouvernement thaïlandais a annoncé mardi une modification significative de son régime d’exemption de visa, ramenant de 60 à 30 jours la durée maximale de séjour autorisé sans visa pour les ressortissants de 54 pays, dont la totalité des États membres de l’Union européenne, les États-Unis et la Russie. Cette décision, révélée par plusieurs sources officielles, vise à endiguer une hausse perçue des comportements criminels et des abus commis par des étrangers sur le territoire.
Un tourisme jugé trop permissif
En 2024, la Thaïlande avait élargi son exemption de visa à 60 jours pour les ressortissants de plus de 90 pays, dans l’espoir de relancer son secteur touristique durement frappé par la pandémie de Covid-19. Le tourisme représente environ 10 % du produit intérieur brut du pays. Pourtant, selon les autorités, cette politique a eu un effet pervers : elle a facilité l’installation temporaire d’étrangers impliqués dans des activités illégales. Les autorités évoquent pêle-mêle des affaires de drogue, d’alcool, de nuisances sonores, de comportements obscènes ou encore de création d’entreprises illégales.
En janvier 2026, un couple de Français avait défrayé la chronique en se déshabillant dans un tuk-tuk à Phuket, provoquant un tollé local. Plus récemment, un réseau criminel baptisé « Bangkok connexion » a été démantelé, avec l’interpellation de 42 personnes, dont 21 Français, entre la France et la Thaïlande. Ces affaires ont alimenté un sentiment d’impunité et poussé le gouvernement à revoir sa copie.
Une baisse de fréquentation qui interroge
Le durcissement intervient dans un contexte de diminution du nombre de touristes étrangers. En 2025, les arrivées ont chuté de 7,14 % par rapport à l’année précédente. Ce recul interroge sur l’efficacité de la mesure de 2024, qui n’a pas empêché la baisse de fréquentation tout en multipliant les incidents.
Les nouvelles règles en détail
Désormais, les voyageurs des 54 pays concernés pourront séjourner sans visa pendant 30 jours maximum. Au-delà de cette durée, ils devront se rendre dans les services d’immigration thaïlandais pour solliciter une prolongation de séjour. Pour les autres nationalités ne figurant pas sur cette liste, la durée pourrait être réduite à 14 jours, selon les informations communiquées par le gouvernement. Aucune date d’entrée en vigueur n’a encore été officiellement annoncée.
Réactions contrastées
Sur place, les professionnels du tourisme – hôteliers, restaurateurs, agences de voyage – redoutent un nouvel impact négatif sur une activité déjà fragilisée. Certains observateurs estiment que la décision risque de détourner les voyageurs vers des destinations concurrentes comme le Vietnam ou le Cambodge, où les conditions d’entrée restent plus souples. À l’inverse, une partie de l’opinion publique thaïlandaise salue une mesure attendue pour rétablir l’ordre et protéger l’image du royaume.
Un signal diplomatique
En réduisant la durée d’exemption pour les 27 États membres de l’Union européenne, Bangkok adresse un signal fort à ses partenaires occidentaux, souvent critiqués pour leur absence de coopération dans la lutte contre les réseaux criminels transnationaux. La France, premier pays européen en nombre de visiteurs en Thaïlande, est directement concernée. Les autorités thaïlandaises n’ont pas précisé si des consultations diplomatiques avaient eu lieu en amont de l’annonce.
Quelles perspectives ?
Le gouvernement thaïlandais n’a pas encore fixé de calendrier précis pour la mise en œuvre de la réforme. Les voyageurs ayant déjà prévu un séjour de plus de 30 jours dans les semaines à venir sont invités à se renseigner auprès des ambassades ou des services consulaires thaïlandais. Il est probable que des périodes de transition soient aménagées, mais aucune information officielle n’a filtré à ce stade.