La société Thea Energy, spécialisée dans la technologie du stellarator pour la production d'énergie par fusion nucléaire, a annoncé une levée de fonds de 100 millions de dollars en série B. Ce tour de table, qualifié de sursouscrit, est mené par le fonds US Innovative Technology Fund (USIT) de Thomas Tull, avec la participation de General Innovation Capital Partners et Linse Capital, ainsi que d'une douzaine d'autres investissements institutionnels et industriels.

Des fonds pour construire « Eos » et doubler les effectifs

Les capitaux levés permettront d'étendre la capacité de fabrication d'aimants supraconducteurs de l'entreprise, notamment par l'ajout d'une deuxième installation dans le nord du New Jersey. Ils serviront également à financer le choix du site et la construction de « Eos », un système intégré de stellarator à grande échelle. Ce dispositif est conçu pour produire un plasma de fusion en régime permanent, grâce à une architecture simplifiée qui, selon la société, réduit les délais et les coûts de construction. La direction prévoit de sélectionner un site pour Eos dans le courant de l'année et de doubler ses effectifs pour soutenir cette phase cruciale.

Un jalon réglementaire et des avancées techniques

Cette annonce fait suite à une certification par le Département de l'Énergie des États-Unis (DOE) portant sur la conception préliminaire de la centrale « Helios » de Thea Energy, une première pour un bénéficiaire. L'entreprise indique avoir déjà franchi plusieurs étapes techniques clés : la construction et l'exploitation du premier ensemble d'aimants supraconducteurs capables de produire les champs magnétiques complexes nécessaires à un stellarator commercial, ainsi que la validation des aimants planaires à grande échelle destinés au système Eos.

Un pari sur la technologie du stellarator

Le stellarator est un type de réacteur à fusion qui confie le confinement du plasma à la seule géométrie des aimants externes, contrairement au tokamak qui utilise un courant électrique dans le plasma. Historiquement, sa complexité mécanique et le coût de fabrication des aimants tridimensionnels ont freiné son développement commercial. Thea Energy affirme avoir levé cet obstacle en reportant la complexité de la fabrication mécanique de précision vers le contrôle par logiciel, une approche que le fonds USIT qualifie de « gagnante ».

Un marché en pleine effervescence

La demande croissante d'électricité de base, portée par la réindustrialisation et l'essor de l'intelligence artificielle, alimente l'intérêt pour l'énergie de fusion. Thea Energy se dit déjà en discussions avec plus d'une dizaine de partenaires potentiels, parmi lesquels des acheteurs d'électricité, des opérateurs de centres de données hyperscale et des utilities. L'objectif affiché est de démarrer la construction de la première centrale « Helios » avant la fin de la décennie.

Un investissement stratégique pour la souveraineté énergétique

Le dirigeant d'USIT a souligné que son fonds considère le stellarator comme l'architecture la plus adaptée pour une production commerciale d'énergie par fusion, et que les percées de Thea Energy rendent cette technologie économiquement viable. Selon lui, les États-Unis ne peuvent pas abandonner le leadership dans ce domaine alors que la sécurité énergétique et la demande d'électricité explosent. Les investissements historiques de sociétés comme Hitachi Ventures, Lowercarbon Capital et Prelude Ventures, qui ont participé à ce tour, confirment l'intérêt industriel et financier pour cette approche.