Lancée à l'occasion du week-end du Memorial Day, Tintello est une application calme d'apprentissage des couleurs qui répertorie plus de 700 nuances nommées, 200 palettes thématiques et 2 000 faits historiques sourcés. Son créateur, Paul Gedeon, explique avoir conçu l'intégralité du logiciel sans jamais ouvrir un fichier de code Swift, en s'appuyant uniquement sur des intelligences artificielles génératives : Claude Code, OpenAI Codex et ChatGPT.
Une genèse née d’une couleur inconnue
L'idée est venue d'une lecture. Tombé sur le mot « zomp », une teinte dont il ignorait l'existence, Paul Gedeon a plongé dans un univers de noms de couleurs étranges : Caput Mortuum, Isabelline, Smaragdine, Feldgrau. Il a alors imaginé un quiz pour apprendre à reconnaître ces nuances à la fois communes et insolites.
Un développement entièrement délégué à l’IA
Le processus de création de Tintello diffère radicalement de celui de Piplo, une précédente application de rappel de relations que Paul Gedeon avait réalisée un an plus tôt en 50 heures avec Cursor et ChatGPT. À l'époque, la majeure partie du temps était consacrée à corriger les bugs introduits par l'IA et à renforcer les standards de codage. Pour Tintello, le développeur affirme n'avoir jamais lu une seule ligne de Swift.
« Je n'ai pas ouvert une seule fois un fichier source. Tout le travail s'est fait par retour produit : jouer avec l'application, réagir à ce que je voyais, orienter la prochaine modification. Le code n'était plus mon problème, le produit l'était. »
Le premier soir, à 18 h 45, Paul Gedeon a passé 35 minutes en conversation vocale avec ChatGPT pour produire le document de spécifications et les directions graphiques. Il a ensuite transmis ce document à Claude Code pour ébaucher l'application, pendant qu'il faisait sa lessive. À 19 h 30, Claude Code a atteint sa limite de session, ce qui a obligé à basculer sur Codex. À 20 h 10, l'application était opérationnelle sur le simulateur local. En une soirée, entre lessive et courriels.
Un pivot produit décisif
Au départ, Tintello devait être un jeu compétitif, sur le modèle du Wordle, avec un classement mondial. C'est le retour d'une amie, testant l'application lors d'un dîner samedi, qui a infléchi la direction. « Elle m'a fait comprendre que Tintello devait ressembler à un rituel quotidien apaisant, quelque chose de relaxant et d'éducatif, pas de compétitif. »
Depuis les toilettes du restaurant, Paul Gedeon a tapé une instruction rapide dans Codex via la fonction de contrôle à distance. À son retour, une version épurée du rituel était déjà prête. Le classement et l'emphase sur le score ont disparu. L'onglet Explorer a été repensé pour proposer quatre palettes évocatrices.
Le contenu comme cœur du produit
Ne passant plus de temps à lire ou à déboguer du code, Paul Gedeon a consacré toute son énergie au contenu. Chaque nuance est accompagnée d'une fiche détaillant son histoire, son origine et parfois une anecdote insolite – comme l'étonnante étymologie du « cobalt », nommé d'après un gobelin. « Plus nous supprimions de poncifs génériques des applications mobiles, meilleure devenait l'application », résume-t-il.
Une réflexion sur le rôle du développeur
Pour Paul Gedeon, l'expérience Tintello illustre un basculement : la compétence de jugement devient plus importante que la compétence de code. « L'outil n'a pas décidé du produit. Mais il a rendu suffisamment de versions disponibles pour que le jugement puisse devenir le principal signal de retour. »
Le code source n'ayant pas été rendu public, il n'est pas possible de vérifier indépendamment l'absence totale d'intervention humaine dans le code. Paul Gedeon précise que l'application est désormais disponible sur l'App Store.