Tony Blair, qui a dirigé le Parti travailliste de 1994 à 2007 et remporté trois élections générales, a publié une longue analyse dans laquelle il dénonce les orientations actuelles de la formation et de son chef, Keir Starmer. L’essai, diffusé par le think tank qui porte son nom, reproche aux travaillistes de ne pas tirer les leçons du passé et de s’enfermer dans des positions qui les empêchent de remporter un second mandat.
Blair rappelle qu’il est le seul dirigeant travailliste à avoir obtenu deux réélections consécutives en plus d’un siècle d’existence du parti. Il juge que la priorité donnée aux objectifs climatiques est une erreur électorale et appelle à les abandonner, tout en préconisant un rapprochement avec l’ancien président américain Donald Trump. Ces propositions, qui vont à contre-courant de la ligne actuelle du gouvernement Starmer, ont provoqué un certain mécontentement.
Une intervention jugée inopportune
Plusieurs responsables travaillistes ont estimé que la sortie de Blair, qui a quitté la vie politique active depuis près de vingt ans, était inutile et même contre-productive. L’un d’eux a confié que l’ancien Premier ministre « devient de moins en moins pertinent ». L’analyse paraît presque conçue pour provoquer le maximum de gêne au sein du parti, alors que celui-ci tente de consolider son assise après les élections de 2024.
Dans son texte, Blair adresse quelques louanges à Starmer, saluant le fait que ce dernier ait fait du Labour « un choix acceptable par défaut » lors du scrutin. Il cite également le ministre de la Santé, Wes Streeting, sans toutefois développer. Mais le ton général est sévère : le parti, selon lui, refuse d’apprendre de la seule période où il a su enchaîner les victoires électorales.
Des propositions radicales sur le climat et la diplomatie
L’essai de Blair ne se contente pas d’une critique interne. Il formule des recommandations précises : sortir du net zéro et se rapprocher de Donald Trump. Ces positions tranchent avec la politique étrangère et environnementale menée par le gouvernement Starmer, qui s’est engagé dans une transition énergétique ambitieuse et maintient une ligne prudente vis-à-vis de Washington.
Cette intervention survient dans un contexte politique tendu, alors que le Labour cherche à définir son cap pour les prochaines échéances. La publication par Blair, figure emblématique mais controversée, ravive les débats sur l’héritage du new labour et la direction à prendre. Certains observateurs estiment que cette sortie pourrait affaiblir la position de Starmer, déjà confronté à des dissensions internes.
Une influence déclinante ?
Malgré son passé électoral glorieux, Tony Blair voit son poids politique s’éroder. Son engagement dans des activités internationales, notamment au Moyen-Orient, et son éloignement de la scène nationale réduisent son audience au sein du parti. L’accueil réservé à son essai le confirme : les critiques l’emportent sur l’écoute. Pour nombre de travaillistes, Blair incarne une époque révolue et ses conseils sont perçus comme déconnectés des réalités actuelles.
L’essai de 5 700 mots, longuement argumenté, risque donc de rester lettre morte. En revanche, il a le mérite de remettre sur le tapis des questions stratégiques essentielles pour le Labour : faut-il abandonner les promesses climatiques pour reconquérir un électorat populaire ? Doit-on renouer avec une ligne atlantiste plus marquée ? Le débat est ouvert, mais la méthode de Blair – une tribune publique sans concertation préalable – a largement irrité ses anciens camarades.
Prochaines étapes
Keir Starmer n’a pas répondu directement aux critiques de l’ancien Premier ministre. Son entourage indique que le gouvernement reste concentré sur ses priorités : pouvoir d’achat, systèmes de santé et lutte contre le changement climatique. Aucun changement de cap n’est envisagé à ce stade. La sortie de Blair pourrait toutefois alimenter les discussions internes lors des prochaines réunions du parti.