Des centaines de professionnels du cinéma signent une tribune
Plus de 600 professionnels du cinéma ont signé une tribune publiée dans le quotidien Libération, dans laquelle ils dénoncent « l’emprise grandissante de l’extrême droite » dans le septième art. La tribune vise nommément l’industriel conservateur Vincent Bolloré, son groupe et ses médias, accusés de favoriser une ligne éditoriale d’extrême droite. Les signataires, parmi lesquels figurent des réalisateurs, des producteurs et des acteurs, estiment que cette orientation menace la diversité culturelle et la liberté de création en France.
La réponse du PDG du groupe Bolloré
Cyrille Bolloré, fils de Vincent Bolloré et PDG du groupe Bolloré, a rompu le silence dans une déclaration transmise à plusieurs médias. Il appelle à « l’apaisement » et au dialogue. « Je prends acte de cette tribune, mais je regrette qu’elle cherche à stigmatiser des opinions qui ne sont pas celles de ses auteurs », a-t-il déclaré. Cyrille Bolloré estime que les accusations portées sont infondées et que le groupe Bolloré respecte la liberté éditoriale de ses médias, tout en reconnaissant une ligne conservatrice revendiquée.
Il ajoute que « le débat d’idées doit pouvoir se dérouler dans le respect mutuel, sans procès d’intention ni anathèmes ». Le PDG suggère que les professionnels du cinéma qui s’opposent à ses médias devraient plutôt engager un dialogue constructif plutôt que de lancer des accusations publiques.
Contexte et enjeux
Cette controverse s’inscrit dans un climat de tensions croissantes entre le monde culturel et certains médias privés. Le groupe Bolloré, via sa holding Vivendi, contrôle des médias comme CNews, Europe 1 ou encore le groupe Lagardère, dont la ligne éditoriale est souvent qualifiée de très conservatrice, voire d’extrême droite par ses détracteurs. Les critiques estiment que cette ligne influence le débat public et la production culturelle, notamment au cinéma.
Les signataires de la tribune, parmi lesquels des figures connues du cinéma français, redoutent une forme de censure indirecte et un appauvrissement du pluralisme dans les médias et les productions audiovisuelles. Certains ont également pointé du doigt les liens entre le groupe Bolloré et des projets cinématographiques, craignant que les financements ne soient conditionnés à une orientation idéologique.
La position des signataires
Pour les auteurs de la tribune, la réponse de Cyrille Bolloré est jugée insuffisante. Ils estiment que son appel à l’apaisement ne répond pas au fond du problème, à savoir ce qu’ils considèrent comme une dérive autoritaire et une influence disproportionnée d’un groupe privé sur le paysage médiatique et culturel français. « Ce n’est pas un appel à l’apaisement qu’il faut, mais un arrêt de la propagande », a réagi l’un des signataires, joint par téléphone, sous couvert d’anonymat.
D’autres voix, plus modérées, saluent la volonté de dialogue tout en restant vigilantes sur les actes concrets du groupe Bolloré. La polémique relance le débat sur la concentration des médias et le rôle des grands groupes industriels dans la culture.
Vers une médiation ?
Certaines sources proches du dossier évoquent la possibilité d’une rencontre entre des représentants des signataires et la direction du groupe Bolloré. Rien n’est confirmé à ce stade, mais Cyrille Bolloré s’est dit « prêt à échanger avec toute personne de bonne volonté ». L’avenir dira si cet appel à l’apaisement peut déboucher sur un dialogue concret, ou s’il restera lettre morte face à des positions jugées irréconciliables.