Le premier ministre du Canada, Mark Carney, a qualifié lundi le référendum sur une éventuelle sécession de l’Alberta de « bluff dangereux », en s’appuyant sur son expérience personnelle du Brexit. Ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre au moment du vote de 2016 sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, M. Carney a estimé que les Albertains pourraient ne pas mesurer les conséquences de leur choix.
« J’ai vu de mes propres yeux ce qui s’est passé au Royaume-Uni lorsque certains pensaient : votez pour cela, ce sera une sortie douce, et ensuite nous négocierons », a déclaré M. Carney lors d’une conférence de presse à Ottawa. Il faisait référence à l’idée – portée par certains électeurs et responsables politiques britanniques – que le référendum ne mènerait pas à une rupture complète, mais servirait surtout à obtenir des concessions de Bruxelles.
La province de l’Alberta, riche en hydrocarbures, doit organiser un référendum le 19 octobre prochain, comme l’a annoncé la semaine dernière sa première ministre, Danielle Smith. Le scrutin demandera aux électeurs s’ils souhaitent rester au sein du Canada ou s’ils préfèrent qu’un second référendum, cette fois contraignant, soit organisé sur l’indépendance de la province.
Une formulation contestée
La décision de Mme Smith et le libellé exact de la question ont suscité de vives critiques. D’un côté, les partisans de l’indépendance estiment que la question proposée ne permet pas de savoir clairement si les Albertains veulent un État souverain. De l’autre, les défenseurs de l’unité canadienne s’indignent que la simple possibilité d’une sécession soit soumise au vote.
Pour M. Carney, ce scénario rappelle le piège du Brexit. « Ils sont encore, dix ans plus tard, en train d’essayer de défaire ce qu’ils n’avaient pas l’intention de voter », a-t-il souligné. La comparaison vise directement l’idée que ce référendum pourrait être utilisé comme un moyen de pression politique, sans que ses promoteurs en anticipent les conséquences irréversibles.
Un enjeu national
Le premier ministre, qui dirige un pays confronté à l’éventualité de voir sa province la plus riche en ressources naturelles faire sécession, a rappelé que le Royaume-Uni n’avait toujours pas surmonté les retombées du vote de 2016. L’avertissement intervient dans un climat politique tendu entre Ottawa et Edmonton, la capitale albertaine.
M. Carney a jugé que le référendum d’octobre pourrait, comme le Brexit, produire un résultat que les électeurs n’avaient pas réellement souhaité. « C’est un bluff dangereux », a-t-il insisté, appelant les Albertains à mesurer la portée de leur décision.
La question de la sécession albertaine n’est pas nouvelle, mais elle a pris une nouvelle ampleur avec l’annonce de Mme Smith. Le scrutin d’octobre s’annonce comme un test majeur pour l’unité canadienne.