Dans le Tarn, le chantier de l’autoroute A69 suscite une nouvelle controverse. Bernard D’Ingrando, propriétaire du château de Maurens-Scopont, édifice classé du XVe siècle, accuse le concessionnaire Atosca de provoquer l’assèchement des sources sur son domaine. Selon lui, les travaux menés à proximité immédiate du château compromettent l’alimentation en eau des prairies humides où pousse une plante rare et protégée, la jacinthe de Rome.
Un constat d’expert accablant
Le 27 avril, un expert missionné par le concessionnaire lui-même, sous l’égide du tribunal administratif de Toulouse, s’est rendu sur place. Dans ses conclusions, M. Turcato établit un lien direct entre le chantier et le tarissement des écoulements d’eau dans le bois du château : « Les fouilles d’excavation, les drainages et les remblaiements qui ont été menés ont pu altérer les voies de circulation de l’eau », écrit-il. Le 12 mars 2024, ce même expert avait déjà constaté l’existence de la source. Aujourd’hui, « à saisonnalité équivalente, des écoulements d’eau ont disparu », confirme-t-il.
Sur le terrain, le docteur en écologie Jean Olivier, coprésident des Amis de la Terre Midi-Pyrénées, montre les traces de l’assèchement : « Ici, l’eau coulait abondamment il y a encore deux ans à la même époque. Vous voyez, désormais, il n’y a plus rien, tout est sec. Nous pensons que cela est dû aux travaux de l’autoroute, à quelques centaines de mètres d’ici. Le remblai de l’autoroute forme un barrage et empêche l’écoulement naturel de l’eau. »
Une plante menacée
La jacinthe de Rome, espèce prioritaire inscrite au livre rouge de la flore menacée de France, est particulièrement présente dans les prairies humides du château. Selon Jean Olivier, on y compterait environ 10 000 pieds, ce qui en fait « un site unique et extrêmement important pour l’espèce ». L’assèchement progressif des sources pourrait anéantir cette population.
Le propriétaire, Bernard D’Ingrando, qui a acquis le château auprès du gouvernement algérien en 1991, se dit très affecté : « Quand je vois les conséquences des travaux sur le domaine, cela me fend le cœur. » Le pavillon néogothique, lui aussi classé, est entouré de chênes et de cèdres multicentenaires, dont certains pourraient également souffrir du manque d’eau.
Une dérogation contestée
La loi interdit normalement toute nouvelle construction dans un périmètre de 500 mètres autour des monuments historiques. Atosca avait toutefois obtenu une dérogation pour mener les travaux à seulement 180 mètres du pavillon. Jean Olivier rappelle ce fait, soulignant l’exception accordée au concessionnaire.
Plusieurs associations — les Amis de la Terre, Attac Tarn et l’association La renaissance du château de Maurens-Scopont — ont annoncé le dépôt de plaintes devant les tribunaux judiciaires de Castres et de Toulouse d’ici la fin de la semaine. Elles reprochent à Atosca d’affecter le domaine et de menacer des zones humides ainsi que des stations protégées de jacinthe de Rome.
Un conflit emblématique
Le château de Scopont est devenu un symbole de la contestation contre l’A69. Plusieurs événements anti-autoroute y ont déjà été organisés. Bernard D’Ingrando, loin de se retirer, se dresse désormais en défenseur de ce patrimoine naturel et historique. L’issue des plaintes et la réaction du concessionnaire détermineront l’avenir de cette station unique de jacinthe de Rome.