L’OTAN a confirmé mardi qu’un de ses chasseurs F16, déployé dans le cadre de la mission de police aérienne de l’Alliance en Lituanie, avait abattu un drone dans l’espace aérien estonien. Selon les autorités estoniennes, l’appareil non identifié – soupçonné d’être un drone ukrainien – a pénétré dans l’espace aérien du pays vers midi (heure locale), en provenance de la Russie, dans le sud-est du territoire.

Le drone a été détruit par un missile tiré depuis un avion de chasse roumain de l’OTAN qui effectuait un vol d’entraînement, à 12 h 14 heure locale. L’armée estonienne a indiqué qu’elle surveillait l’appareil avant son entrée dans l’espace aérien national et que la décision de l’abattre avait été prise afin de « minimiser l’impact sur les populations et les infrastructures civiles ».

Des conditions de guerre électronique russe

L’état-major estonien a précisé que l’incident s’est produit « dans des conditions de guerre électronique intense, notamment de brouillage et d’usurpation de signal GPS par la Russie ». L’OTAN a déclaré qu’une enquête était en cours et que l’Alliance était « prête et capable de réagir à toute menace aérienne potentielle ».

Cet événement est le dernier d’une série de violations de l’espace aérien dans la région balte, alors que les frappes ukrainiennes contre des sites russes sur la mer Baltique – en particulier les grands terminaux pétroliers de Primorsk et d’Oust-Louga – se multiplient. La trajectoire de vol depuis l’Ukraine vers ces cibles passe près des frontières des pays membres de l’OTAN riverains de la Baltique (Lituanie, Lettonie, Estonie, Finlande), et les systèmes de défense antiaérienne peuvent interférer avec la navigation de ces drones.

Réactions politiques divergentes

Les pays baltes ont jusqu’à présent imputé la responsabilité de ces incidents à la Russie. Le ministre estonien des Affaires étrangères, Margus Tsahkna, a déclaré sur les réseaux sociaux : « Ces incidents sont la conséquence directe de la guerre et des provocations de la Russie. L’Estonie renforce sa coopération avec l’Ukraine pour améliorer notre défense aérienne et nos capacités de lutte antidrone. »

Cependant, cette position suscite des tensions politiques. En Lettonie, le Premier ministre Evika Silina a dû démissionner en mai après la rupture de la coalition gouvernementale, provoquée par des désaccords internes sur la gestion des drones égarés sur le territoire letton. Le ministre de la Défense avait été limogé peu avant.

En Finlande, des alertes à la menace drone ont provoqué le 15 mai des perturbations à l’aéroport international d’Helsinki et dans d’autres zones proches de la capitale côtière. Par ailleurs, une alerte aérienne en Lettonie a récemment entraîné l’arrêt de la circulation ferroviaire dans une zone frontalière.

Des drones ukrainiens de plus en plus loin

L’Ukraine a développé des drones à longue portée capables d’atteindre des cibles situées profondément en territoire russe. Plusieurs de ces appareils ont récemment dévié de leur trajectoire et pénétré dans l’espace aérien des pays baltes. Les autorités locales et l’OTAN tentent de gérer ces incursions sans provoquer d’escalade directe avec Moscou, tout en renforçant leurs capacités de détection et d’interception.