Un protocole d’accord qui vide la guerre de son sens

Après quatre mois de frappes intensives et de blocus, Donald Trump a accepté un compromis avec l’Iran qui ressemble, sur le fond, à un retour à la situation d’avant le 28 février. Le mémorandum en quatorze points, négocié sous l’égide du patron de l’armée pakistanaise Assim Munir avec l’appui de capitales arabes, de la Turquie et du Qatar, prévoit la réouverture progressive du détroit d’Ormuz en contrepartie d’une levée graduelle du blocus américain sur les ports iraniens, du dégel d’environ 225 milliards de dollars d’avoirs gelés, d’un allègement des sanctions internationales et d’un cessez-le-feu de trente à soixante jours. Mais ce texte ne traite que des conséquences du conflit – notamment la libre navigation dans le détroit – et ignore les causes profondes : le programme nucléaire iranien, son arsenal balistique et ses ambitions régionales.

Pour de nombreux observateurs, l’opération « Furie Épique » constitue un incontestable échec stratégique pour un président américain qui, quelques mois plus tôt, semblait au faîte de sa puissance. Donald Trump, incapable de faire plier le régime des mollahs, s’est retrouvé contraint à choisir entre de mauvaises et de très mauvaises options pour sortir de ce qui est désormais qualifié de « bourbier ». Il a opté pour le compromis qu’il jugeait le moins défavorable, cédant sur plusieurs exigences iraniennes, tout en promettant de crier victoire contre toute évidence.

Le nucléaire iranien : un enjeu renvoyé à des négociations incertaines

Le protocole d’accord fixe un cadre de discussions sur le nucléaire, mais celles-ci s’annoncent longues et hasardeuses. L’histoire récente le rappelle : il avait fallu un an et demi de marchandages intenses après neuf ans de pourparlers pour aboutir à l’accord de Vienne de juillet 2015 entre l’Iran, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne. Ce texte limitait l’enrichissement de l’uranium iranien à 3,5 % pour un usage civil. Donald Trump l’avait déchiré en 2018 lors de son premier mandat, provoquant la relance par Téhéran de sa course vers l’atome militaire. Désormais, le nouveau cadre, s’il aboutit, ne devrait guère s’éloigner du précédent. Washington espère imposer à terme la dilution ou le transfert vers un autre pays des 440 kilos d’uranium enrichi à 60 % dont dispose l’Iran – un seuil proche de l’usage militaire – et l’acceptation d’un moratoire de vingt ans sur son programme d’enrichissement. Mais rien n’est acquis.

Le détroit d’Ormuz, arme de dissuasion iranienne

La suspension provisoire des hostilités constitue certes une très bonne nouvelle pour l’économie mondiale, étranglée par le blocage du détroit d’Ormuz où transitent entre 25 % et 30 % des hydrocarbures du marché mondial. Mais elle révèle surtout la fragilité de la position américaine. L’Iran a démontré qu’il peut fermer cette voie maritime par la menace ou quelques tirs de drones, paralysant les armateurs et les assureurs. Un conseiller du Guide suprême, Mohammad Mokbhber, a déclaré à la télévision iranienne que « ce don de Dieu qu’est le détroit d’Ormuz est aussi précieux qu’une bombe atomique ». Le directeur de l’Institut français des relations internationales, Thomas Gomart, parle d’une « guérilla stratégique » qui permet à Téhéran de prendre en otage l’économie mondiale. Le prix de l’essence en Europe, en Asie et aux États-Unis se fixe désormais en bonne partie à Téhéran. Contrairement à une arme nucléaire dont l’utilisation ferait du pays un paria, Ormuz est une arme modulable. L’Iran, déjà exsangue économiquement avant la guerre et encore plus aujourd’hui, espère même imposer des droits de passage – une violation du droit de la mer qu’il présenterait comme des frais techniques.

Un conflit sans renversement du régime

En lançant cette guerre, Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou espéraient susciter un renversement du régime iranien, afin d’éliminer définitivement la menace que représente une bombe nucléaire aux mains de dirigeants qui ne cachent pas leur volonté de « rayer de la carte le petit satan » (Israël) et de défier le « Grand Satan » (les États-Unis). Les immenses manifestations de décembre et janvier – les plus importantes de l’histoire de la République islamique – témoignaient de l’isolement du pouvoir. Celui-ci les a écrasées dans le sang, faisant entre 30 000 et 40 000 morts en quelques jours. Mais l’opération militaire, fondée sur des renseignements promettant une réunion secrète des plus hauts dignitaires à Téhéran qui aurait permis une décapitation rapide du régime, n’a pas atteint son but. Les frappes ciblées ont certes réussi sur le plan tactique, mais n’ont pas brisé la capacité de résistance ni la volonté de négociation des autorités iraniennes.

Au final, ce conflit laisse les États-Unis affaiblis : le détroit d’Ormuz reste une épée de Damoclès sur l’économie mondiale, le programme nucléaire iranien n’est pas démantelé, et le régime des mollahs sort renforcé dans sa capacité de nuisance. Donald Trump pourra tenter de présenter ce compromis comme une victoire, mais sur le fond, il s’agit d’une guerre pour rien.