Une démarche aussi singulière que méthodique
Chaz Stevens, satiriste constitutionnel basé en Floride, ne manifeste pas dans la rue ni ne scande de slogans. Sa méthode, qu’il résume par la formule « Nous ne protestons pas, nous nous conformons, de manière malveillante », consiste à utiliser les mécanismes administratifs pour interroger les limites de la liberté d’expression. Il a ainsi soumis une demande de permis pour ériger son « Consentivus Pole » — une tour de canettes de bière en aluminium assemblées — sur les terrains du Capitole des États-Unis à Washington. L’installation, qu’il décrit comme un « test de résistance brossé » des protections de la parole publique, vise à poser une question précise : que cachent réellement les fichiers Epstein ?
Un objet insolite chargé d’histoire
Le Consentivus Pole a une histoire qui remonte à 2013. À l’époque, Stevens avait installé un tube en PVC contenant dix-huit canettes de Pabst Blue Ribbon dans le Capitole de l’État de Floride, à côté d’une crèche de Noël. L’État, ayant ouvert son bâtiment aux expressions religieuses, ne pouvait légalement lui refuser l’accès. Plusieurs villes ont depuis modifié leurs politiques d’affichage public, et les médias nationaux avaient alors largement couvert l’événement. Depuis, le pole a voyagé dans les capitales d’États, de l’Oklahoma à l’Ohio, chaque installation respectant les règles à la lettre et forçant l’autorité chargée de l’autorisation à confronter ce que signifie autoriser certains discours tout en en décourageant d’autres.
L’édition « Flaccidus » et le contexte politique
La version actuelle, que Stevens appelle « Flaccidus Edition » sur sa plateforme REVOLT Training, est explicitement dirigée vers la controverse persistante sur la gestion par le département de la Justice des documents liés à Jeffrey Epstein, l’homme d’affaires condamné pour crimes sexuels, mort en détention fédérale en 2019. Cette controverse reste brûlante. Lors d’une réunion publique au Nebraska la semaine dernière, le représentant républicain Mike Flood a fait face à une foule exigeant des réponses sur le fait que le ministère de la Justice n’ait pas publié l’inventaire complet des fichiers Epstein. « Si le président Trump figurait dans les fichiers Epstein, ils auraient été rendus publics », a déclaré Flood, sous les cris de la salle. La Maison-Blanche a nié à plusieurs reprises que la conduite de Trump serait impliquée par les documents. Trump lui-même n’a été accusé d’aucun acte répréhensible par les autorités.
Pression politique persistante
Plus tôt cette année, une pétition signée par tous les démocrates de la Chambre et quatre républicains — dont la représentante Lauren Boebert, dont le soutien que la Maison-Blanche a tenté en vain de retirer — a réuni les votes nécessaires pour soumettre un projet de loi contraignant le ministère de la Justice à divulguer ces documents, après des mois de fractures républicaines sur ce dossier. Des conseillers de haut rang de Trump ont même demandé une réunion au Situation Room avec Boebert pour tenter de la convaincre de retirer son nom de la pétition, sans succès. Nancy Mace, autre élue républicaine et survivante d’agressions sexuelles, a également maintenu sa position.
Un « piège administratif » pour tester la liberté d’expression
Le terrain du Capitole n’est pas le National Mall, et le processus d’autorisation implique des autorités différentes, mais le principe reste le même que celui testé par Stevens dans une douzaine d’États : un gouvernement qui ouvre un espace public à l’activité expressive ne peut pas sélectivement interdire un discours qui le dérange sans produire un dossier juridique de cette discrimination. Chaque demande de permis constitue en réalité un « piège avec de la paperasse ». Chaque approbation ou refus raconte la même histoire. Stevens espère ainsi que cette installation, si elle est autorisée, deviendra un nouveau lieu de débat sur la transparence et les limites de la satire politique.