Un paradoxe remis en question

La persistance d’écarts entre hommes et femmes dans les disciplines scientifiques, alors même que les sociétés deviennent plus égalitaires, a longtemps été présentée comme un « paradoxe de l’égalité des genres ». Une nouvelle étude, publiée le 5 juin 2025 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), en propose une relecture radicale. Ses auteurs, Mathias Berggren et Robin Bergh, y démontrent que ce paradoxe résulterait en réalité d’une illusion statistique, le paradoxe de Simpson.

Un artefact des moyennes nationales

Le paradoxe de Simpson survient lorsqu’une tendance observée au sein de différents groupes disparaît ou s’inverse lorsque ces groupes sont agrégés. Berggren et Bergh montrent que les études précédentes, qui concluaient à une association positive entre l’égalité des genres dans une société et la sous-représentation féminine dans les sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM), s’appuyaient sur des moyennes nationales trompeuses.

En analysant les données à un niveau plus fin, les chercheurs ont constaté que, dans chaque pays, les femmes sont en réalité plus nombreuses à choisir des études STIM à mesure que l’égalité des genres progresse. Cependant, les pays les plus égalitaires (comme les nations nordiques) comptent aussi une part plus élevée d’étudiantes dans des filières non-STIM, ce qui fait baisser la proportion de femmes dans les STIM au niveau agrégé. C’est ce décalage entre les tendances locales et la moyenne globale qui crée l’apparence d’un paradoxe.

Des mesures culturellement biaisées

L’étude pointe également un second problème : les indicateurs utilisés pour mesurer le « gender gap » dans les travaux antérieurs seraient « culturellement associés » – ce que les auteurs qualifient de biais WEIRD (Western, Educated, Industrialized, Rich, Democratic). Ces mesures, conçues dans des contextes occidentaux, pourraient ne pas capturer correctement les réalités d’autres cultures, ce qui dégraderait la qualité des comparaisons internationales.

Des pistes causales controversées

Berggren et Bergh soulignent que les études antérieures manquent de preuves causales solides pour expliquer le lien entre égalité des genres et choix d’études. « La plupart des travaux s’appuient sur des corrélations transversales entre pays, qui ne permettent pas de distinguer les effets de cause à effet », écrivent-ils. Leur analyse suggère que les différences de représentation féminine dans les STIM pourraient être davantage influencées par des facteurs locaux (structures éducatives, stéréotypes de genre, politiques de soutien) que par le niveau global d’égalité dans la société.

Implications pour les politiques publiques

Ces résultats pourraient avoir des répercussions sur les politiques de promotion de l’égalité des genres dans les filières scientifiques. Plutôt que de viser une hausse uniforme de la proportion de femmes en STIM, les auteurs recommandent de cibler des interventions adaptées à chaque contexte national. Ils appellent aussi à une vigilance accrue sur la qualité des données et les biais méthodologiques dans les recherches comparatives internationales.

L’étude a été éditée par Susan Fiske, de l’université de Princeton. Les données et les codes utilisés par Berggren et Bergh sont disponibles en libre accès, permettant à d’autres chercheurs de reproduire et de vérifier leurs conclusions.