Dans le comté de Yellowstone, au Montana, une mère de famille de 43 ans s'est lancée dans un combat inégal contre l'un des plus vastes projets de data centers jamais envisagés dans l'État. Kassi Solberg, arrivée avec son mari Brendan et leur fille de 8 ans en novembre dernier, a découvert en janvier l'existence d'un campus de 5 000 acres – l'équivalent de 3 800 terrains de football – que la société houstonienne prévoit d'édifier à proximité de sa propriété de 21 acres.
Une opposition solitaire Lors d'une récente réunion du conseil municipal de Broadview, une localité d'environ 140 habitants, Mme Solberg a demandé la tenue d'un forum public sur le projet. Le maire a refusé, arguant que le terrain se trouve hors des limites de la ville. « Cela n'affecte pas nos résidents », a-t-il lancé. « Cela affecte vos résidents ! », a rétorqué Mme Solberg. La tension est montée lorsqu'un conseiller municipal a affirmé : « Vous ne pouvez pas l'arrêter. » Le maire a menacé d'appeler le shérif pour faire évacuer la salle. L'un des membres du conseil a refusé de répondre aux questions, invoquant l'avis d'un avocat.
Un projet opaque Mme Solberg reproche au promoteur de ne partager aucun plan officiel. « Ils comptent sur le fait que nous sommes des paysans sans instruction et que nous ne réagirons pas », explique-t-elle. Mais elle est déterminée à informer ses voisins. En janvier, elle a assisté à une réunion publique organisée par le Montana Environmental Information Center à Billings, où plus d'une centaine de personnes – certains debout dans le couloir – ont écouté des experts exposer les conséquences de l'essor des data centers dans l'État. Au moins trois grands complexes et plusieurs plus petits y ont été proposés, attirés par des allégements fiscaux et la politique volontariste du gouverneur républicain Greg Gianforte, qui souhaite faire du Montana un pôle de l'intelligence artificielle.
Un mode de vie menacé Installée dans une région de vastes champs et de ranches, Mme Solberg élève ses animaux – chevaux, poules, canards, vache – et scolarise sa fille à domicile. Elle redoute que le projet, au nom du progrès technologique, ne détruise des traditions agricoles vieilles de plusieurs générations. « C'est très paisible ici, et nous voulons simplement vivre simplement », confie-t-elle. « Mais pourrons-nous encore vivre ainsi ? »
Un phénomène national Le cas de Mme Solberg illustre une tendance croissante aux États-Unis : des citoyens ordinaires, sans moyens financiers ni pouvoir politique, s'opposent à l'implantation massive de data centers dans leurs communautés rurales. Les développeurs, souvent liés aux géants de la tech, répondent par une discrétion qui nourrit la méfiance. Comme le résume Anne Hedges, directrice exécutive du Montana Environmental Information Center : « Les gens sont très en colère. Nous assistons à une réaction que je n'avais jamais vue en 32 ans de carrière. »