L’industrie allemande, longtemps perçue comme un modèle de compétitivité, traverse une zone de turbulences qui attire des convoitises au-delà de ses frontières. Plusieurs de ses bastions, affaiblis par les transitions énergétique et technologique ainsi que par une conjoncture difficile, se retrouvent dans le collimateur de grands groupes italiens.
Une série d’opérations ciblées
Ces derniers mois, plusieurs offres de rachat ont été rendues publiques, ciblant des entreprises allemandes actives dans des domaines aussi variés que la construction mécanique, l’automobile ou encore la chimie de spécialités. Les sociétés italiennes à l’origine de ces manœuvres figurent parmi les leaders de leur secteur en Europe. Elles cherchent à étendre leur influence en mettant la main sur des technologies, des parts de marché ou des capacités de production situées en Allemagne.
Les cibles allemandes, de leur côté, font face à des contraintes structurelles : la hausse des coûts de l’énergie, la concurrence asiatique exacerbée et, dans certains cas, un endettement important. Ces facteurs les rendent vulnérables à des offres de rachat que leurs dirigeants peinent à refuser, malgré les réticences politiques ou syndicales.
Des réactions politiques contrastées
Berlin observe cette offensive italienne avec une attention mêlée d’inquiétude. Certains responsables politiques ont exprimé leur crainte de voir le savoir-faire industriel allemand passer sous contrôle étranger, dans des secteurs jugés sensibles pour la souveraineté économique du pays. D’autres estiment que ces opérations témoignent de la santé du marché unique européen, où les flux de capitaux sont libres. Le gouvernement fédéral dispose, via le règlement sur le filtrage des investissements étrangers, d’un droit de regard sur certaines acquisitions, mais son usage reste limité aux cas présentant un risque pour l’ordre public ou la sécurité nationale.
Un rééquilibrage industriel en Europe
Au-delà du cas allemand, cette vague de rachat illustre un changement de dynamique au sein de l’industrie européenne. Longtemps dominée par l’Allemagne et la France, la cartographie des champions industriels évolue. Des groupes italiens, bénéficiant d’une bonne santé financière et d’une stratégie d’internationalisation agressive, se positionnent comme des acteurs de premier plan dans des secteurs où ils étaient jusqu’alors moins présents. Cette tendance pourrait s’accentuer si la faiblesse conjoncturelle de l’économie allemande se prolongeait.
Des enjeux pour l’emploi et la recherche
Les syndicats allemands suivent ces dossiers de près. Ils craignent que les plans de restructuration qui accompagnent souvent les changements d’actionnariat n’entraînent des suppressions de postes ou un déplacement des centres de décision et de recherche hors d’Allemagne. Les directions des groupes italiens, de leur côté, mettent en avant leur volonté de préserver les sites et de maintenir l’investissement. Des garanties sur l’emploi ont été évoquées dans plusieurs cas, mais leur mise en œuvre concrète reste à vérifier.
Conséquences pour l’équilibre européen
Ces opérations posent également la question de l’équilibre concurrentiel au sein de l’Union européenne. La Commission européenne pourrait être amenée à se prononcer sur certaines de ces acquisitions, si elles dépassent les seuils de chiffre d’affaires qui déclenchent son contrôle. Les critères retenus seront alors ceux de la concurrence et de l’atteinte potentielle au marché intérieur. Aucune procédure formelle n’a encore été annoncée, mais le dossier pourrait atterrir sur le bureau des commissaires à la concurrence.