Cinq femmes ont saisi la juridiction administrative pour demander que l'État soit reconnu responsable de l'inaction dont il aurait fait preuve face aux agissements de Christian Nègre, un ancien haut fonctionnaire. Selon leurs avocats, l’administration n’a pas pris les mesures qui auraient pu empêcher la réitération des faits, malgré des signalements et des plaintes antérieures.

Des faits d'une violence psychique extrême

Christian Nègre, qui occupait des postes à responsabilité dans plusieurs ministères, est accusé d'avoir soumis chimiquement ses victimes en leur administrant des substances sans leur consentement. Il les forçait ensuite à uriner devant lui, dans des conditions décrites comme dégradantes et humiliantes. Les faits se seraient déroulés sur une longue période, touchant au moins cinq femmes, parfois sur leur lieu de travail.

Les plaignantes dénoncent un système de prédation rendu possible par la passivité de l’encadrement hiérarchique. Elles estiment que l’administration, informée ou qui aurait dû l’être, n’a ni alerté, ni protégé, ni sanctionné. Leur requête vise à établir une faute de l’État dans l’exercice de son pouvoir hiérarchique et de son obligation de sécurité.

Une procédure judiciaire déjà engagée

Parallèlement à cette action administrative, Christian Nègre fait l’objet de poursuites pénales pour viols, agressions sexuelles, administration de substances nuisibles et enlèvement. L’enquête pénale, ouverte il y a plusieurs mois, a permis l’audition de nombreuses victimes présumées et la perquisition de ses domiciles et lieux de travail. Il conteste les faits, mais plusieurs éléments matériels confortent les accusations, notamment des relevés toxicologiques.

L’enjeu de la soumission chimique

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de prise de conscience des violences chimiques, où des auteurs utilisent des médicaments ou des drogues pour neutraliser leurs victimes avant de les agresser. Les avocats des plaignantes espèrent que ce volet administratif permettra de faire évoluer la jurisprudence sur la responsabilité de l’État en matière de protection de ses agents.

L’audience devant le tribunal administratif s’est tenue à Paris. La décision a été mise en délibéré et devrait être rendue dans les prochaines semaines. Si la responsabilité de l’État était retenue, cela constituerait une première, ouvrant la voie à des réparations pour les victimes et à une révision des protocoles de signalement internes à la fonction publique.

Des réactions contrastées

Les représentants de l’État ont plaidé le rejet de la requête, arguant que l’administration ne pouvait être tenue pour responsable de faits commis par un agent agissant en dehors de ses fonctions, et que les signalements n’avaient pas été suffisamment étayés pour déclencher une action immédiate. Les avocats des plaignantes estiment au contraire que l’institution a failli à son devoir de vigilance, citant des courriers internes qui démontreraient une connaissance précoce des agissements de Christian Nègre.

Un précédent pour d'autres victimes

Quelle que soit l’issue, cette action en responsabilité administrative marque une étape dans la reconnaissance de la soumission chimique comme arme de prédation en milieu professionnel. Plusieurs associations féministes et de lutte contre les violences sexuelles suivent le dossier avec attention, espérant qu’il encouragera d’autres victimes à déposer plainte ou à engager des recours contre leur employeur.