Les deux plus hauts magistrats de France ont pris la parole ce jeudi pour dénoncer ce qu'ils qualifient de « mécanique du bouc émissaire » dans le traitement de l'affaire Lyhanna, la petite fille de trois ans morte en juin 2024 dans des circonstances qui suscitent toujours de nombreuses interrogations. Dans un communiqué commun, ils ont estimé que la mise en cause personnelle de magistrats, après le rapport accablant sur les dysfonctionnements judiciaires ayant entouré le dossier, visait à masquer une « crise systémique » de l'institution.

Des sanctions jugées disproportionnées Cette prise de position intervient alors que des sanctions disciplinaires ont été prononcées à l'encontre de plusieurs magistrats du tribunal judiciaire de Paris, accusés de négligences dans le suivi de la situation de l'enfant. Les hauts magistrats estiment que ces mesures punitives individuelles ne sauraient résoudre les problèmes structurels mis en lumière par le drame. Ils mettent en garde contre une instrumentalisation politique de la colère légitime suscitée par la mort de Lyhanna.

Un appel à une réforme en profondeur Plutôt que de rechercher des responsables isolés, les deux hauts responsables de la magistrature appellent à une réflexion collective sur les moyens alloués à la justice, la charge de travail des juges et les lacunes dans la protection de l'enfance. Ils soulignent que la justice ne peut fonctionner correctement sans des ressources humaines et matérielles à la hauteur des enjeux, et que la tentation du bouc émissaire détourne l'attention des véritables causes du désastre.

Réactions contrastées Cette déclaration a reçu un écho favorable au sein des syndicats de magistrats, qui dénoncent depuis plusieurs semaines un « aveuglement persistant » du ministère de la Justice. En revanche, des associations de défense des droits des enfants ont exprimé leur déception, estimant que la hiérarchie judiciaire cherche à protéger ses membres plutôt qu'à assumer ses responsabilités. Le gouvernement n'a pas encore réagi officiellement à cette nouvelle sortie des plus hauts magistrats.

Contexte de l'affaire Lyhanna, trois ans, est décédée le 24 juin 2024 alors qu'elle se trouvait chez sa mère, dans des conditions qui ont conduit à l'ouverture d'une enquête pour homicides involontaires. Plusieurs signalements avaient été faits aux services sociaux et à la justice avant le drame, sans qu'ils n'entraînent de mesures efficaces. Le rapport d'inspection commandé par la chancellerie a mis en évidence une série de défaillances et de manquements ayant conduit à la mort de l'enfant.