Le tribunal judiciaire d’Auch, dans le Gers, est sorti de son silence. À l’occasion d’une assemblée générale, l’ensemble des magistrats et des agents de cette juridiction ont rédigé une motion collective, la première depuis l’éclatement de l’affaire Lyhanna. Dans ce texte, ils dénoncent une « vindicte populaire » qu’ils estiment nourrie par un « discours politique décomplexé ».
Les signataires, qui représentent l’intégralité du personnel judiciaire local, pointent une « défiance publique envers la magistrature » qui, selon eux, s’est installée autour de ce dossier. Sans entrer dans le détail des faits, protégés par le secret de l’instruction, ils affirment que les prises de parole de certains responsables politiques ont contribué à créer un climat de suspicion systématique à l’égard de l’institution judiciaire.
« Nous constatons que l’émotion légitime suscitée par cette affaire est exploitée pour jeter le discrédit sur l’ensemble de la justice », écrivent les magistrats dans leur motion, dont le contenu a été communiqué à la presse. Ils ajoutent que « cette instrumentalisation fragilise la sérénité des procédures et l’indépendance des magistrats ».
Le tribunal d’Auch, une structure de taille modeste, se retrouve sous le feu des projecteurs depuis que l’affaire impliquant la jeune Lyhanna a été médiatisée. Les magistrats locaux estiment subir une pression excessive, qu’ils jugent incompatible avec le bon déroulement de l’enquête. « Nos décisions sont préemptées par des appels à la vindicte populaire avant même d’être rendues », regrettent-ils.
Dans cette motion, ils appellent au calme et au respect de la présomption d’innocence, principes fondamentaux de l’État de droit. Ils demandent également que les responsables politiques fassent preuve de retenue dans leurs déclarations, afin de ne pas attiser les tensions.
La motion a été transmise à la Chancellerie ainsi qu’à la hiérarchie judiciaire. Plusieurs organisations syndicales de magistrats ont déjà fait part de leur soutien aux personnels d’Auch, dénonçant des attaques récurrentes contre l’autorité judiciaire. « Ce qui se passe à Auch est le symptôme d’un malaise plus profond », a commenté un représentant syndical, qui n’a pas souhaité être nommé.
L’affaire Lyhanna continue de susciter un vif intérêt médiatique et politique. Cependant, les magistrats d’Auch insistent sur le fait que la justice doit pouvoir travailler hors de toute pression extérieure. « Nous ne pouvons pas exercer nos missions si chaque dossier est transformé en arène politique », conclut la motion.
Cette prise de parole collective, rare de la part d’une juridiction de première instance, intervient alors que les relations entre le pouvoir politique et l’institution judiciaire sont souvent décrites comme tendues. Les magistrats espèrent que leur mise en garde sera entendue et que le débat public pourra revenir à une expression plus apaisée.
En attendant, l’enquête concernant Lyhanna suit son cours, dans le cadre défini par la loi. Le tribunal d’Auch reste mobilisé, mais sous la pression d’une opinion publique que les magistrats jugent trop souvent instrumentalisée.