C’est un épilogue attendu depuis près de huit décennies. La Cour de révision de la Cour de cassation examine, ce jeudi 11 juin, la requête déposée par les héritiers de Raymond Mis et Gabriel Thiennot, deux hommes condamnés à tort pour le meurtre du garde-chasse Louis Boistard, survenu en décembre 1946 dans la région de la Brenne. L’affaire, considérée comme l’une des plus grandes erreurs judiciaires françaises, pourrait connaître son dénouement près de quatre-vingts ans après les faits.
Des aveux arrachés sous la torture
À l’époque, Mis et Thiennot, deux jeunes hommes, avaient été arrêtés et avaient avoué le crime. Leurs déclarations, obtenues sous la contrainte, ont depuis été déclarées nulles par la justice, une première victoire pour leurs descendants après un demi-siècle de mobilisation. Les conditions de leur garde à vue, marquées par des violences policières, avaient vicié l’enquête dès son origine. Malgré cela, ils furent condamnés en 1950 par la cour d’assises de l’Indre, puis virent leur peine confirmée en appel.
Un combat juridique de plusieurs décennies
Depuis les années 1970, les familles des deux condamnés n’ont cessé de se battre pour obtenir la révision de leur procès. Six demandes en révision avaient déjà été rejetées. Ce n’est qu’en 2021, avec une modification de la loi autorisant le réexamen des dossiers entachés de violences exercées par les enquêteurs, que la voie s’est ouverte. La septième requête, formulée par les héritiers, a été jugée recevable en février dernier, ouvrant la voie à l’audience de ce jeudi.
Une audience historique
Ce jeudi 11 juin, la Cour de révision de la Cour de cassation se penche donc sur le dossier. Les héritiers espèrent obtenir la réhabilitation complète de leurs aïeux, qui ont toujours clamé leur innocence. Pour eux, il s’agit de réparer une injustice qui a marqué plusieurs générations et de faire reconnaître officiellement que leurs parents et grands-parents ont été victimes d’une erreur judiciaire.
Un symbole pour l’histoire judiciaire
L’affaire Mis et Thiennot est devenue un symbole des dérives de l’appareil judiciaire français d’après-guerre, où la pression à l’obtention d’aveux et les méthodes brutales de certaines enquêtes ont conduit à la condamnation d’innocents. La décision de la Cour de révision, attendue dans les jours ou semaines à venir, pourrait mettre un point final à cette longue quête de justice.