Le tribunal correctionnel de Paris a prononcé, le 17 juin 2026, la relaxe d'Éric Zemmour et de plusieurs responsables du Rassemblement national (RN) qui étaient poursuivis pour diffamation par Sophie Djigo, une professeure de philosophie. Cette décision judiciaire a provoqué une onde de choc au sein du monde enseignant et de la recherche, de nombreux acteurs dénonçant un jugement qui affaiblirait selon eux la protection des personnels éducatifs face aux attaques.
Une campagne de harcèlement au cœur du procès
Sophie Djigo avait engagé des poursuites après avoir été la cible d'une campagne de harcèlement en ligne, qu'elle attribue à des propos tenus par des figures de l'extrême droite. L'enseignante, qui exerce dans un lycée de Seine-Saint-Denis, estimait que ces déclarations publiques l'avaient exposée à des insultes et des menaces, portant atteinte à son honneur et à sa réputation professionnelle. La plainte visait notamment Éric Zemmour, ancien candidat à l'élection présidentielle, ainsi que des cadres du RN, pour des propos tenus lors d'émissions télévisées et sur les réseaux sociaux.
Un soulagement pour les prévenus, une déception pour la plaignante
La relaxe a été accueillie avec satisfaction par les avocats des prévenus, qui ont salué une décision « conforme au droit » et rappelant l'importance de la liberté d'expression. Éric Zemmour, dans une déclaration à l'issue du verdict, a estimé que la justice avait « reconnu le droit de critiquer l'idéologie enseignée dans certaines classes ». De son côté, Sophie Djigo a exprimé sa « profonde déception » et a indiqué qu'elle étudiait la possibilité de faire appel, estimant que le tribunal n'avait pas suffisamment pris en compte le contexte de harcèlement et la vulnérabilité des enseignants face à des personnalités médiatiques.
Réactions contrastées dans le monde enseignant et politique
Plusieurs syndicats d'enseignants, dont le SNES-FSU et la FSU, ainsi que des associations de défense des droits humains, ont rapidement réagi. Dans un communiqué commun, ils ont dénoncé un jugement qui « fragilise la protection des enseignants et des chercheurs contre les campagnes de diffamation et de harcèlement ». Ils estiment que cette relaxe pourrait créer un précédent dangereux, en donnant un blanc-seing à des personnalités politiques pour tenir des propos qu'ils jugent diffamatoires à l'encontre de personnes exerçant des fonctions éducatives. « C'est un signal alarmant pour tous ceux qui, dans l'enseignement et la recherche, sont exposés à des attaques en raison de leurs opinions ou de leurs méthodes pédagogiques », a déclaré un porte-parole de la FSU.
Au sein de la classe politique, les réactions sont également partagées. Plusieurs députés de gauche et écologistes ont exprimé leur soutien à Sophie Djigo et ont appelé à une révision de la législation sur la diffamation afin de mieux protéger les fonctionnaires et les personnes exerçant une mission de service public. À l'inverse, des élus du RN ont salué la décision, y voyant la confirmation que les critiques adressées à des enseignants peuvent relever du débat public légitime. « La liberté d'expression ne doit pas être sacrifiée sur l'autel d'une prétendue protection des enseignants », a affirmé un cadre du parti.
Un appel à une mobilisation nationale
À la suite de ce verdict, un appel a été lancé par plusieurs collectifs de chercheurs et d'enseignants, appelant à une journée de mobilisation le 24 juin 2026 devant les palais de justice de plusieurs grandes villes de France. Les signataires dénoncent une « instrumentalisation de la justice » et estiment que ce jugement « met en danger tous les enseignants et chercheurs qui pourraient être la cible de campagnes similaires à l'avenir ». Ils réclament également une audience auprès du ministère de l'Éducation nationale pour discuter des mesures de protection à mettre en place. Le ministère, par la voix de son porte-parole, a indiqué « prendre acte » de la décision de justice et a rappelé que des dispositifs d'accompagnement des personnels victimes de harcèlement existent, sans se prononcer sur le fond de l'affaire.
Les implications juridiques et sociétales du jugement
Sur le plan juridique, cette décision relance le débat sur la notion de diffamation publique envers un particulier et les limites de la liberté d'expression. Certains juristes estiment que la relaxe s'inscrit dans une jurisprudence constante qui privilégie la liberté d'expression, sauf en cas de propos injurieux ou de dénigrement manifeste. D'autres considèrent que, dans le cas spécifique de Sophie Djigo, le tribunal n'a pas suffisamment évalué l'impact concret des propos sur sa vie professionnelle et personnelle. La question de la responsabilité des plateformes numériques et des personnalités politiques dans la propagation de campagnes de harcèlement est également au cœur des discussions.
Une affaire qui n'est pas close
Si la décision de première instance a été rendue, l'affaire Sophie Djigo pourrait connaître de nouveaux rebondissements. La professeure a annoncé son intention de faire appel, et plusieurs associations de défense des droits des enseignants envisagent de se porter parties civiles dans le cadre de cette procédure. La communauté éducative, quant à elle, reste mobilisée, considérant que ce jugement a des implications qui dépassent largement le cas individuel de Sophie Djigo. Elle y voit un signal sur la place accordée à la protection des personnels de l'éducation face aux pressions médiatiques et politiques.