La ville d’Hérât a été le théâtre, mardi, d’une rare contestation publique violemment réprimée par les autorités talibanes. Entre cent et cent cinquante hommes s’étaient rassemblés pour exprimer leur solidarité avec une quinzaine de femmes arrêtées la semaine précédente pour être sorties sans porter l’intégralité du tchador ou la burqa couvrant le visage. Selon plusieurs témoins, les forces de sécurité ont dispersé le rassemblement en faisant usage de bâtons, de fouets et d’armes à feu.

Un témoin a rapporté que des coups de feu avaient été tirés en l’air, ajoutant avoir vu du sang sur la chaussée et des blessés. Un photographe présent sur place a indiqué avoir observé les forces « frapper les manifestants et tirer en direction de la foule », ce qui aurait provoqué un « nombre significatif de blessés ». Il n’a pas été précisé si ces blessures étaient dues aux tirs ou à d’autres formes de violence, ni le nombre exact de victimes.

Un porte-parole de la police de Hérât a déclaré que des personnes avaient « tenté de se rassembler et de créer des tensions sous prétexte de protester contre des questions liées au respect du hijab ». Il a ajouté que « grâce à la présence en temps utile des forces de sécurité, la situation a été totalement maîtrisée et une nouvelle escalade des tensions a été évitée ».

Un appel à « défendre les droits de nos sœurs »

La manifestation avait été organisée sur les réseaux sociaux, où les habitants étaient invités à « défendre les droits de nos sœurs ». Ce type d’action citoyenne demeure exceptionnel en Afghanistan depuis le retour au pouvoir des talibans en 2021. Le régime impose une application rigoriste de la charia, qui se traduit par des restrictions très sévères pour les femmes et les filles : interdiction de l’éducation au-delà du primaire, limitation stricte de la liberté de circulation et obligation vestimentaire.

Ces règles sont mises en œuvre par la « police des mœurs », rattachée au ministère de la Propagation de la Vertu et de la Prévention du Vice. Toute contestation des décisions gouvernementales est illégale. Dans un communiqué, ce ministère a qualifié de « rumeurs » les informations relatives à des arrestations de femmes à Hérât, tout en rappelant que le port du hijab est « un commandement divin, une loi que nous sommes tenus d’appliquer ».

Au moins seize arrestations vérifiées

Un organisme de surveillance des droits humains a cependant indiqué avoir vérifié, depuis vendredi, la détention d’au moins seize personnes à Hérât pour non-respect présumé des obligations vestimentaires, parmi lesquelles une femme enceinte. Fereshta Abbasi, chercheuse pour Human Rights Watch spécialiste de l’Afghanistan, a dénoncé ce qu’elle a qualifié de « usage excessif de la force » de la part des talibans.