Les autorités talibanes ont réprimé avec une violence meurtrière un rassemblement qui s'est tenu dans la province de Herat, dans l'ouest de l'Afghanistan, pour protester contre l'arrestation de femmes par la police des mœurs. Selon un groupe d'experts des Nations unies, au moins deux personnes ont perdu la vie et plus de vingt autres ont été blessées lors de cette dispersion.
La mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan (Manua) s'est déclarée « alarmée par l'usage excessif de la force par les forces de sécurité de facto ». Elle a confirmé qu'au moins un garçon a été tué par balle, tandis que plusieurs autres personnes ont été blessées après avoir été battues à coups de bâton. Un photographe présent sur les lieux a affirmé avoir vu les forces de sécurité frapper des manifestants et tirer des coups de feu en direction de la foule.
Des tirs sur la foule, la police dément
Un témoin a rapporté qu'un nombre significatif de personnes avaient été blessées. La police a démenti auprès de l'Agence France-Presse avoir utilisé des armes à balles réelles pour disperser le rassemblement.
Cette vague de répression intervient après l'arrestation, le 6 juin, de femmes accusées de ne pas porter le tchador ou la burqa par les agents de la Commission pour la propagation de la vertu et la prévention du vice (PVPV). Parmi les personnes interpellées figure une employée d'un hôpital travaillant pour l'organisation Médecins sans frontières (MSF). Celle-ci a été retenue pendant deux jours avant d'être libérée après avoir signé, avec son mari et ses proches, un engagement écrit à porter les vêtements imposés par les autorités.
Un dispositif de sécurité impressionnant
À la suite d'appels à manifester après la prière du vendredi 12 juin, les autorités talibanes ont déployé un important dispositif sécuritaire à Herat. Un convoi d'une vingtaine de véhicules militaires et des forces de sécurité lourdement armées ont été observés, ainsi que des postes de contrôle supplémentaires tenus par la police et les services de renseignement. Face à ce déploiement, le rassemblement prévu vendredi a finalement été annulé. « Les gens ont renoncé à la manifestation aujourd'hui pour éviter que davantage de sang ne soit versé », a confié un enseignant de 34 ans, qui n'a pas donné son nom pour des raisons de sécurité.
Un contexte de restrictions croissantes
Les manifestations sont extrêmement rares en Afghanistan depuis le retour des talibans au pouvoir en août 2021. Le gouvernement taliban gouverne selon une interprétation stricte de la loi islamique et a progressivement renforcé les restrictions imposées aux femmes. Dans tout le pays, les femmes doivent être presque entièrement couvertes lorsqu'elles sortent de chez elles. L'arrestation de femmes pour non-respect du port du voile intégral a provoqué une indignation rare dans la région de Herat, poussant des hommes à manifester en signe de solidarité.