Au moins deux personnes ont trouvé la mort et plusieurs autres ont été blessées lors d'une rare manifestation qui s'est déroulée mardi dans la ville d'Hérat, dans l'ouest de l'Afghanistan. Des témoins et des participants ont rapporté que la police talibane a fait usage d'armes à feu pour disperser le rassemblement, qui protestait contre l'arrestation de femmes accusées d'enfreindre le code vestimentaire islamique strict imposé par les autorités.
Selon des sources médicales, les deux décès ont été constatés, mais les circonstances précises n'ont pas été précisées. Les forces de sécurité locales ont nié tout bilan humain, tout en reconnaissant être intervenues. Un porte-parole de la police d'Hérat, Sayed Masoud Hosseini, a justifié l'intervention en affirmant que les manifestants avaient « agi de manière à troubler l'ordre public » et tentaient de « créer des tensions sous prétexte de protester contre les questions liées au respect du hijab ».
Des témoignages contradictoires sur les moyens employés
Les versions divergent sur les méthodes utilisées. Des témoins oculaires affirment que les forces de l'ordre ont tiré à balles réelles sur la foule. Un photographe présent sur place a déclaré avoir vu les forces de sécurité « frapper des manifestants et tirer des armes en direction de la foule », ajoutant avoir été témoin d'« un nombre important de blessés ». Un manifestant a décrit l'usage de « bâtons, fouets et armes à feu pour disperser la foule », précisant que des coups de semonce avaient été tirés en l'air. La police, interrogée directement sur ce point, n'a pas confirmé avoir ouvert le feu.
Des vidéos circulant en ligne, dont l'authenticité n'a pu être vérifiée de manière indépendante, laissent entendre des détonations tandis que des voix de femmes crient « ne frappez pas ».
Contexte : une vague d'arrestations liée au port du hijab
Cette manifestation fait suite à l'annonce, vendredi dernier, d'un nouveau durcissement de l'application des règles vestimentaires par les autorités talibanes. Des témoins ont rapporté avoir vu, depuis samedi, des femmes être arrêtées dans les rues et les marchés par des agents du ministère de la Propagation de la vertu et de la Prévention du vice, la police des mœurs. Une habitante a décrit des marchés « déserts » et des contrôles systématiques des voitures et des pousse-pousse pour vérifier le port correct du hijab.
Les responsables locaux ont donné des informations contradictoires sur l'existence de ces arrestations. Le département de l'Information et de la Culture de la province d'Hérat a qualifié les signalements de « dizaines d'arrestations » d'« incorrects et infondés ».
Un mouvement de protestation rare
Depuis la prise de pouvoir des talibans en août 2021, les protestations, en particulier celles menées par des femmes, sont devenues exceptionnelles en Afghanistan. Les premières tentatives de défiance face aux nouvelles restrictions, qui concernent aussi bien l'éducation que l'habillement, se sont rapidement essoufflées, les manifestantes ayant été confrontées à des violences, des arrestations et des menaces de mort.
Le port du hijab est obligatoire depuis mai 2022. Les femmes ayant participé à la manifestation de mardi scandaient des slogans tels que « éducation, travail, liberté », selon des informations recueillies sur place.
Une condamnation internationale
Le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l'homme en Afghanistan, Richard Bennett, a exprimé son inquiétude sur le réseau social X, dénonçant « l'usage excessif de la force contre des manifestants apparemment pacifiques à Hérat aujourd'hui » et appelant à ce que les responsables « rendent des comptes ».
L'incident, survenu dans un contexte de restrictions croissantes imposées aux femmes afghanes, met en lumière la fragilité des droits acquis et la détermination d'une partie de la population à se faire entendre malgré les risques.