Pretoria, Afrique du Sud — La publication d'une photographie montrant l'ancien président sud-africain Jacob Zuma en compagnie de l'homme d'affaires Ajay Gupta, dans un temple en Inde, a provoqué une onde de choc dans la vie politique sud-africaine. Le ministre des Relations internationales, Ronald Lamola, a ordonné la rédaction d'un rapport interne concernant la présence du haut-commissaire d'Afrique du Sud en Inde, Anil Sooklal, qui a accompagné Zuma lors de cette rencontre.
Le ministre de la Présidence, Khumbudzo Ntshavheni, a qualifié cet entretien de « très troublant » lors d'un point de presse, estimant que l'ancien chef de l'État « montre le doigt d'honneur aux Sud-Africains qui ont perdu beaucoup d'argent à cause des manigances des frères Gupta ». Après cette rencontre, Zuma, qui dirige désormais le parti uMkhonto weSizwe (MK), aurait déclaré son intention de se représenter aux prochaines élections. Ntshavheni a ajouté que Zuma, âgé de 84 ans, « continue de montrer le doigt d'honneur et prétend vouloir diriger ce pays à nouveau ».
Le scandale des frères Gupta
Les frères Gupta — Ajay, Atul et Rajesh — sont au cœur de l'un des plus vastes scandales de corruption qu'ait connus l'Afrique du Sud, désigné sous le terme de « captation de l'État » (state capture). Ils sont accusés d'avoir profité de leurs liens étroits avec Jacob Zuma, alors président, pour influencer les politiques publiques et obtenir des contrats lucratifs. Les trois frères ont toujours nié ces accusations. En 2018, après le départ de Zuma de la présidence et la mise en place d'une commission d'enquête judiciaire dirigée par le juge Raymond Zondo, les Gupta ont quitté l'Afrique du Sud. Les mandats d'arrêt émis contre eux ont été annulés par les autorités sud-africaines en 2019 pour ce qui concerne Ajay Gupta. Atul et Rajesh se sont installés aux Émirats arabes unis, où une cour a refusé en 2023 leur extradition vers l'Afrique du Sud.
La commission Zondo, dont les conclusions ont été rendues publiques en 2022, a établi que Zuma avait nommé et révoqué des ministres clés de l'économie sud-africaine à la demande des Gupta. Elle a notamment mis en lumière le limogeage, en 2015, du ministre des Finances Nhlanhla Nene, qui refusait de se plier aux exigences des frères. Sa révocation a ouvert la voie à la nomination de Des van Rooyen, puis de Malusi Gigaba, deux ministres considérés comme favorables aux intérêts de la famille. Le rapport a également détaillé un réseau de corruption au sein de l'entreprise publique d'électricité Eskom, où des membres de la direction auraient été placés par les Gupta.
Une réunion qui relance les tensions
La rencontre entre Zuma et Ajay Gupta, partagée sur les réseaux sociaux par des médias indiens, a relancé les critiques contre l'ancien président. Ronald Lamola a estimé que Zuma semblait mener « une politique étrangère parallèle », tandis que la tenue de cette réunion en présence du haut-commissaire Sooklal est jugée « scandaleuse » par la ministre Ntshavheni. Le gouvernement sud-africain a promis une enquête approfondie sur les événements ayant conduit à cette entrevue.
Un contexte politique tendu
Depuis son départ forcé de la présidence en 2018, Zuma est resté une figure influente, malgré les accusations qui pèsent sur lui. Il a rejoint le parti MK, fondé en 2023, qui a obtenu environ 15 % des suffrages lors des élections de 2024. Ce scrutin a marqué une rupture historique : le Congrès national africain (ANC), parti de Nelson Mandela et de Zuma, a perdu pour la première fois sa majorité absolue depuis l'avènement de la démocratie en 1994. L'opposition et une partie de la société civile sud-africaine réclament des comptes, dénonçant ce qu'elles considèrent comme une impunité persistante autour des figures de la « captation de l'État ».