Pour la troisième fois en six mois, le réseau électrique cubain a connu une défaillance généralisée lundi, privant d'électricité la quasi-totalité du territoire. Si les autorités ont indiqué mardi que le courant avait été rétabli dans la majeure partie du pays, plusieurs secteurs, notamment dans l'est de l'île, restaient encore plongés dans le noir en fin de journée. À Santiago de Cuba, deuxième ville du pays, des habitants scandaient « Allumez la lumière ! » devant les bâtiments officiels.
Des scènes de protestation spontanée ont été signalées dans plusieurs quartiers. Des manifestants ont frappé sur des casseroles et des couvercles, un mode d'expression traditionnel à Cuba pour marquer le mécontentement, tandis que des feux de poubelles étaient allumés sur la voie publique. Les perturbations surviennent alors que l'île subit déjà des délestages programmés visant à économiser le peu de carburant disponible. Dans les zones rurales, les coupures peuvent atteindre jusqu'à 70 heures d'affilée ; dans les zones urbaines, elles peuvent durer 30 heures.
La compagnie nationale d'électricité n'a pas précisé la cause de cette nouvelle panne imprévue, la troisième de l'année après celles de janvier et de mai. Le contexte énergétique cubain est particulièrement tendu en raison de la pénurie de fioul, aggravée par le renforcement des sanctions américaines et un blocus pétrolier effectif imposé par Washington. Même les particuliers disposant de groupes électrogènes peinent à les alimenter.
Échanges de reproches entre La Havane et Washington
Le président cubain, Miguel Díaz-Canel, a reconnu le mécontentement croissant de la population. Dans un entretien accordé à l'hebdomadaire Claridad, basé à San Juan (Porto Rico), il a énuméré les difficultés : « Il y a des pénuries de transports, de nourriture, de médicaments, il y a de longues coupures d'électricité durant plus de vingt heures, cela provoque de l'insatisfaction, personne ne peut être content, le peuple souffre. » Toutefois, il a appelé ses concitoyens à tourner leur colère vers les États-Unis plutôt que vers son gouvernement. « Les gens frappent sur des casseroles, certains avec plus de colère que d'autres. Je vous dis : dirigez votre tintamarre vers nos voisins du Nord, qui sont derrière ces coupures », a-t-il déclaré.
De son côté, l'ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, Michael Waltz, a rejeté ces accusations et imputé la responsabilité au pouvoir cubain. Intervenant mardi devant l'Assemblée générale de l'ONU, il a sommé La Havane de « changer de cap et de rallumer la lumière pour votre peuple », ajoutant qu'« il y a toujours assez d'électricité pour la dictature cubaine ».
Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, a pour sa part dénoncé une « guerre multidimensionnelle non conventionnelle » menée par les États-Unis, qu'il a qualifiée de « toujours plus cruelle » au cours des sept derniers mois.
Un contexte bilatéral délétère
Les relations entre Cuba et les États-Unis, déjà exécrables depuis des décennies, se sont encore dégradées depuis le début de l'année. Le président américain Donald Trump avait accusé le gouvernement cubain de menacer la sécurité nationale des États-Unis. Après l'arrestation en janvier de l'ex-président vénézuélien Nicolás Maduro, allié proche de La Havane, Trump avait laissé entendre que Cuba était « prêt à tomber ». L'administration Trump a depuis imposé de nouvelles sanctions et un blocus pétrolier effectif, aggravant la crise énergétique cubaine.
Les manifestations de mardi soir, bien que limitées, sont inhabituelles dans un pays où la dissidence publique est souvent réprimée par de longues peines de prison. Le président Díaz-Canel a reconnu que « le peuple souffre », mais continue de rejeter la faute sur Washington.