Le président de la Réserve fédérale de Saint-Louis, Alberto Musalem, a mis en garde contre la tentation de se reposer sur une hypothétique accélération de la productivité due à l’intelligence artificielle pour résoudre les problèmes d’inflation. Lors d’une intervention prononcée jeudi à Reykjavik, dans le cadre d’une conférence organisée par la Banque centrale d’Islande et l’Université Northwestern, il a jugé qu’une telle approche serait risquée pour la banque centrale américaine.

« Avec un taux d’intérêt réel qui se situe en dessous de la notion de taux neutre de long terme de la Fed, une inflation qui reste nettement au-dessus de la cible, des anticipations d’inflation à long terme qui remontent et un marché du travail stable, je crois qu’il serait risqué de compter sur la perspective d’une croissance plus élevée de la productivité à l’avenir pour résoudre notre problème d’inflation aujourd’hui », a déclaré M. Musalem dans un discours préparé.

Il a appelé à une approche plus prudente : « Une meilleure méthode, à mon avis, consiste à maintenir une politique monétaire vigilante, centrée sur le rétablissement de la stabilité des prix. »

Ce discours intervient alors que plusieurs responsables de la Fed ont exprimé des réserves similaires quant à l’idée que l’IA pourrait permettre à la banque centrale d’assouplir sa politique plus rapidement. M. Musalem rejoint ainsi les voix qui jugent prématuré de parier sur un choc de productivité issu de l’intelligence artificielle pour justifier des taux d’intérêt plus bas.

Les investisseurs suivent de près les déclarations des responsables monétaires, alors que l’inflation américaine demeure obstinément au-dessus de l’objectif de 2 % fixé par la Fed. L’émergence de l’IA générative a suscité des espoirs de gains de productivité significatifs, mais les membres du comité de politique monétaire restent divisés sur la rapidité et l’ampleur de ces effets.

Selon M. Musalem, s’appuyer sur des gains futurs incertains pour ajuster la politique monétaire actuelle exposerait l’économie à des risques. Il a souligné que le marché de l’emploi reste solide, ce qui donne à la Fed une marge de manœuvre pour se concentrer sur la maîtrise des prix sans avoir à précipiter un assouplissement.

Le banquier central s’est exprimé dans la capitale islandaise, où se tenait une conférence économique réunissant des universitaires et des responsables de banques centrales. Ses propos reflètent une prudence qui contraste avec l’enthousiasme suscité par l’IA dans certains secteurs financiers.

La Réserve fédérale a relevé ses taux d’intérêt de manière agressive ces dernières années pour lutter contre l’inflation, et tout signe que celle-ci pourrait persister plus longtemps que prévu est scruté de près par les marchés. Les déclarations de M. Musalem suggèrent que la Fed ne modifiera pas sa trajectoire actuelle sur la base de simples anticipations de progrès technologiques.

Alors que les débats sur l’impact économique de l’IA s’intensifient, les propos du président de la Fed de Saint-Louis constituent un rappel que les décisions de politique monétaire doivent rester ancrées dans les données disponibles, et non dans des scénarios optimistes mais incertains.