Le président du groupe parlementaire conservateur CDU/CSU au Bundestag, Jens Spahn, a présenté sa démission le 18 juillet, cédant aux critiques nourries au sein même de sa formation politique après la divulgation de sa paternité via une mère porteuse américaine.

Dans une lettre adressée à ses collègues parlementaires, l'élu de 46 ans a reconnu une incompatibilité entre son bonheur familial et sa fonction. « Ces derniers jours, j'ai compris que mon bonheur personnel, qui consiste à fonder une famille avec mon mari et à devenir père, est incompatible avec ma fonction politique », a-t-il écrit, selon le texte transmis à la presse.

Le scandale a éclaté jeudi lorsque des médias allemands ont révélé que Jens Spahn et son époux avaient eu un enfant par gestation pour autrui (GPA) aux États-Unis. Or, cette pratique est strictement interdite outre-Rhin. La CDU, parti chrétien-démocrate, s'y oppose résolument : lors de son congrès de février, elle avait voté en faveur du maintien de cette interdiction.

Les attaques sont venues en premier lieu des rangs conservateurs. Des voix ont immédiatement réclamé son départ, dénonçant l'hypocrisie d'un dirigeant qui incarne l'aile droite du parti et prône une ligne dure, notamment sur l'immigration. Jens Spahn, qui fut ministre de la Santé sous Angela Merkel pendant la pandémie de Covid-19, tentait depuis plusieurs années de s'imposer comme une figure de proue des conservateurs les plus rigoristes.

Le chancelier Friedrich Merz a estimé que cette décision était inévitable. « Cette décision est juste et était inévitable. La crédibilité est dans la politique le bien suprême », a-t-il commenté. La veille, le chef du gouvernement avait refusé de s'exprimer directement sur le cas Spahn, mais avait annoncé que le comité exécutif national du parti examinerait la question. Il a également exclu toute modification de la législation allemande sur la GPA, réaffirmant l'opposition historique de la CDU.

De son côté, Jens Spahn s'était expliqué vendredi dans un entretien audio accordé à un quotidien populaire. Il y confiait avoir « longtemps été en proie à un conflit intérieur, notamment sur la question de la maternité de substitution », avant de se décider à franchir le pas. Ses explications n'ont pas suffi à éteindre la polémique.

La démission de Jens Spahn intervient dans un climat politique tendu en Allemagne. Elle relance le débat sur la gestation pour autrui, sujet sensible dans un pays où la loi l'interdit mais où certains citoyens contournent la règle en se rendant à l'étranger. L'affaire illustre surtout la difficulté pour une personnalité politique de concilier vie privée et ligne idéologique lorsque celle-ci est en porte-à-faux avec ses actes personnels.