Un anticonformiste face à la maladie

André Ricciardi, publicitaire fantasque installé à San Francisco, apprend un jour qu’il est atteint d’un cancer du côlon de stade 4, avec des chances de survie quasi nulles. Plutôt que de se laisser abattre, cet homme excentrique choisit une voie inattendue : documenter lui-même ses derniers instants, sans rien cacher des séances de chimiothérapie ni des moments de doute. Sa principale erreur ? Ne pas s’être rendu à sa coloscopie lorsqu’il en avait encore le temps.

Le long-métrage « André is an idiot », coproduit par le studio indépendant A24, sort en salles ce mercredi 1er juillet. Il a déjà remporté le prix du public lors du festival de Sundance en 2025, un gage de qualité pour cette œuvre singulière qui mêle archives personnelles, animations en stop motion et témoignages de proches.

Un récit à la fois tendre et mordant

Le film donne la parole à l’entourage d’André : sa femme, son meilleur ami, mais aussi sa psychologue. Tous livrent un portrait attachant de ce personnage haut en couleur. Le réalisateur Anthony Benna (parfois crédité comme Tony Benna) a capté avec justesse l’énergie débordante de son protagoniste, y compris dans les moments les plus durs. La voix française du documentaire est assurée par l’humoriste Kyan Khojandi, qui prête son timbre aux réflexions du publicitaire.

Loin du pathos attendu, le documentaire assume un ton provocateur et décalé. Les rires succèdent aux larmes, les anecdotes absurdes côtoient les instants de vulnérabilité. Le réalisateur assume cette approche : « Nous vivons dans une société où les taux de cancer augmentent chaque année, et où, dans la culture occidentale, parler de maladie ou de mort reste tabou. Il est temps de briser ce silence. La mort fait partie de la vie, et nous devrions pouvoir en parler ouvertement, la célébrer, et même en rire. Après tout... le rire est le meilleur des remèdes. »

Un outil de prévention déguisé en comédie

Au-delà de son aspect autobiographique, « André is an idiot » se présente comme un formidable outil de sensibilisation au cancer colorectal. En racontant l’histoire d’un homme qui a négligé le dépistage jusqu’à ce qu’il soit trop tard, le film rappelle l’importance de la coloscopie pour détecter la maladie à un stade précoce. Le message est implicite mais puissant : ne pas reporter un examen qui peut sauver la vie.

Le documentaire ne tombe jamais dans le moralisme. Il utilise l’humour et l’autodérision comme armes contre l’angoisse, tout en montrant sans fard la réalité des traitements et de la fin de vie. Cette liberté de ton, rare pour un sujet aussi grave, explique en partie son succès critique et public.

Un portrait universel

André Ricciardi incarne une forme de résistance face à l’inéluctable. Refusant de jouer le rôle de la victime, il préfère affronter la mort avec un sourire, quitte à paraître naïf ou insouciant. Ses proches, interrogés par la caméra, confient à quel point cette attitude les a bouleversés et aidés à traverser l’épreuve.

Le film d’Anthony Benna ne prétend pas donner de leçons, mais il invite chacun à réfléchir à son rapport à la maladie, à la prévention et au temps qui passe. Entre rires et larmes, « André is an idiot » laisse une trace durable, celle d’un homme libre jusqu’au bout.