Appel depuis la scène cannoise

Andreï Zviaguintsev, cinéaste russe en exil, a profité de la remise du Grand Prix du 79ᵉ Festival de Cannes, le 27 mai 2026, pour interpeller directement Vladimir Poutine. Son film « Minotaure » a été distingué par le deuxième prix de la compétition officielle. Depuis la scène, il a déclaré : « Mettez fin à ce carnage, le monde entier attend cela. » Il a qualifié le conflit en Ukraine de « guerre aussi impitoyable qu’insensée ».

Réplique du Kremlin

Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence russe, a immédiatement réagi. Il a estimé que le cinéaste n’avait pas son « mot à dire » sur l’invasion lancée par Moscou en février 2022. « M. Zviaguintsev n’a pas à s’exprimer sur ce sujet », a-t-il sèchement rétorqué, jugeant que le rôle d’un artiste ne s’étend pas aux questions de politique étrangère.

Un exil contraint

Andreï Zviaguintsev a quitté la Russie après l’adoption, au printemps 2022, d’une loi réprimant sévèrement toute critique de l’« opération militaire spéciale ». Il s’est installé en Allemagne, où il continue de tourner. Ses précédents films, dont « Loveless » et « Leviathan », avaient déjà été remarqués sur la scène internationale.

Le film distingué

« Minotaure » suit l’histoire d’un artiste plasticien qui, après avoir perdu son fils dans les combats en Ukraine, bascule dans une quête de vengeance obsessionnelle. La critique salue un récit puissant sur le deuil et la violence. Le long-métrage a également été primé pour sa photographie.

Une tradition d’engagement

Zviaguintsev n’en est pas à sa première prise de position publique. Dès le début de l’invasion, il avait signé une lettre ouverte dénonçant l’agression. Son cinéma explore souvent les fractures de la société russe et la corruption du pouvoir. Ce nouvel affrontement verbal avec le Kremlin confirme son rôle de figure opposante au sein de la diaspora culturelle russe.

Réactions contrastées

En Russie, les médias d’État ont largement passé sous silence l’intervention du réalisateur. Sur les réseaux sociaux, des voix pro-gouvernementales l’ont accusé de « trahison », tandis que des opposants en exil saluent son courage. À Cannes, le jury a précisé que le choix du Grand Prix était « purement artistique », mais n’a pas caché son respect pour l’engagement citoyen de l’artiste.

Portée symbolique

Cette passe d’armes intervient alors que le conflit ukrainien connaît une escalade militaire et diplomatique. Elle illustre le fossé croissant entre la parole officielle du Kremlin et les voix dissidentes, y compris parmi les figures culturelles les plus reconnues. Andreï Zviaguintsev poursuit son travail depuis l’étranger, affirmant que son cinéma continuera de témoigner de la réalité russe malgré la censure.