Le Bureau national d'audit (NAO) britannique a publié un rapport inédit sur les résidences royales, le premier du genre en vingt ans. Ce document lève le voile sur les conditions de logement d'Andrew Mountbatten-Windsor, frère du roi Charles III, et de sa famille. Il révèle notamment que l'ancien prince, qui a quitté Royal Lodge plus tôt cette année, a perçu des revenus locatifs non divulgués grâce à la sous-location de trois cottages situés sur le domaine de Windsor.

Sous-locations et loyer symbolique

Andrew Mountbatten-Windsor détenait un bail pour l'ensemble de Royal Lodge, domaine comprenant le bâtiment principal et huit autres propriétés. Selon le rapport, son contrat l'autorisait à sous-louer trois de ces cottages, ce qu'il a fait jusqu'en avril 2026. Le montant exact des loyers perçus n'est pas précisé, mais des sources proches du palais indiquent que ces locations concernaient du personnel ou d'anciens employés, et que les sommes perçues ne couvraient que les frais de fonctionnement. Quoi qu'il en soit, ces revenus sont allés directement à Andrew Mountbatten-Windsor, et non au Crown Estate, qui reverse habituellement ses bénéfices au Trésor public.

En contrepartie de la prise en charge de travaux de réparation d'un montant de 7,5 millions de livres sterling lors de la signature du bail, Andrew Mountbatten-Windsor ne payait pas de loyer mensuel – un arrangement qualifié de « loyer symbolique » par certains observateurs. Le rapport confirme en outre qu'il conserve le bail de Royal Lodge jusqu'en octobre 2026, bien qu'il ait déjà déménagé dans une propriété du domaine de Sandringham, à Norfolk. Par ailleurs, un autre bail, pour une résidence appelée East Lodge, doit être restitué au Crown Estate.

Logement des filles non actives

Le rapport détaille également les conditions d'hébergement des princesses Beatrice et Eugenie, filles d'Andrew Mountbatten-Windsor. Elles occupent des appartements respectivement dans les palais de Kensington et de St James, sans payer de loyer. C'est le roi Charles III qui acquitte un loyer « ajusté », inférieur à la valeur du marché, depuis les revenus de son duché privé de Lancastre (Duchy of Lancaster) au profit de la Maison royale (Royal Household). Ce montant, dont le rapport ne donne pas le chiffre, correspondrait à 60 % du prix du marché.

Une source au palais a fait valoir que ce loyer couvrirait l'intégralité des dépenses publiques liées à ces logements, de sorte qu'aucun coût supplémentaire ne pèse sur la Liste civile (Sovereign Grant), qui finance les activités officielles de la monarchie. Néanmoins, ces palais sont entretenus par des fonds publics, ce qui a suscité des critiques. Norman Baker, ancien ministre de l'Intérieur et critique des finances royales, a jugé « scandaleux de subventionner un logement de luxe » de cette manière, estimant que le public « se faisait avoir » et que « la déférence s'essouffle vraiment ».

Logements des autres membres de la famille royale

Le rapport recense les douze propriétés utilisées par Andrew Mountbatten-Windsor et sa famille, qu'elles soient détenues par le Crown Estate ou par la Maison royale. Onze membres actifs de la famille royale – dont le roi et la reine, la princesse Anne, les ducs et duchesses d'Édimbourg et de Gloucester, le duc de Kent et la princesse Alexandra – bénéficient d'un logement gratuit dans les palais en échange de leurs fonctions officielles. Le prince et la princesse de Galles disposent également d'un appartement à Kensington Palace, en plus de leur résidence principale.

La princesse Michael de Kent, également non active, occupe elle aussi un logement à Kensington Palace payé par la cassette privée du souverain. Vingt et un autres titulaires de fonctions royales, dont dix-sept chevaliers militaires, logent sans loyer dans les palais occupés.

Travaux à Forest Lodge

Le rapport révèle que le Crown Estate a financé des réparations d'un montant d'environ 400 000 livres sterling avant l'emménagement du prince et de la princesse de Galles dans leur résidence de Forest Lodge, à Windsor. William et Catherine ont signé un bail de vingt ans en juillet pour cette demeure classée de catégorie II*, comprenant jardins, paddock, grange et trois cottages sur un terrain de 7,4 hectares. Ils paient un loyer annuel de 307 200 livres sterling, révisé tous les cinq ans, sans prime initiale, et sont responsables des rénovations et aménagements intérieurs.

Objet et portée du rapport

Le NAO précise que son rapport ne formule aucun jugement sur la rentabilité ou l'opportunité de ces arrangements, mais se borne à établir les faits pour éclairer les travaux de la commission des comptes publics de la Chambre des communes. Lee Summerfield, directeur du NAO, a déclaré : « Notre rôle est de présenter les faits – c'est pourquoi cette enquête expose les processus et les arrangements, tant du Crown Estate que de la Maison royale. »

Un porte-parole du palais de Buckingham s'est dit « reconnaissant » de ce rapport, qui « s'inscrit dans l'engagement de la Maison royale en faveur de la transparence ». Il a ajouté espérer que les conclusions « aideront à corriger, clarifier ou contextualiser un certain nombre de points concernant les propriétés royales ». De son côté, un porte-parole du Crown Estate a salué l'examen du NAO, qui confirme que ses baux avec les membres de la famille royale « ont été conclus conformément à des conseils professionnels indépendants et à des évaluations du marché ouvert ».

Le rapport a été commandé à la suite du scandale entourant Andrew Mountbatten-Windsor et devrait être suivi d'une enquête parlementaire. Il n'y a dans le document aucune suggestion d'irrégularité de la part de l'intéressé.