La société Anthropic, conceptrice du modèle d'intelligence artificielle Claude, a porté de graves accusations contre le groupe chinois Alibaba, affirmant que des opérateurs liés à ce dernier avaient obtenu un accès « illicite » à son système. Selon les informations transmises par l'entreprise américaine, plusieurs dizaines de milliers de comptes auraient été employés pour sonder et extraire de manière systématique les capacités de Claude, dans le but apparent d'alimenter le développement de Qwen, le modèle concurrent d'Alibaba.

L'affaire, qui a éclaté au grand jour cette semaine, met en lumière les tensions croissantes dans le secteur de l'intelligence artificielle, où la compétition entre acteurs américains et chinois s'intensifie. Anthropic n'a pas détaillé les preuves exactes qu'elle détient, mais ses déclarations évoquent une opération organisée visant à « distiller » les connaissances de Claude, une technique consistant à interroger massivement un modèle pour reproduire ses performances.

Des comptes en nombre pour contourner les défenses

Selon les éléments rapportés par plusieurs sources concordantes, les opérateurs présumés auraient créé ou utilisé environ 25 000 comptes pour interagir avec Claude. Ce volume inhabituel, couplé à des requêtes spécifiquement conçues pour extraire des informations sur les mécanismes internes du modèle, aurait alerté les équipes de sécurité d'Anthropic. L'entreprise précise que ces comptes étaient associés à des adresses et à des infrastructures susceptible de renvoyer vers des entités liées à Alibaba, sans toutefois nommer directement des individus.

Anthropic considère que cette démarche constitue une violation de ses conditions d'utilisation et, potentiellement, de ses droits de propriété intellectuelle. La société affirme que les données ainsi collectées auraient pu servir à améliorer les performances de Qwen, le modèle d'intelligence artificielle développé par Alibaba et son unité Cloud. Qwen est l'un des principaux concurrents chinois de Claude, de ChatGPT d'OpenAI et des autres modèles occidentaux.

La réponse d'Alibaba

De son côté, Alibaba n'avait pas encore réagi officiellement aux accusations au moment de la rédaction de cet article. Le groupe chinois, basé à Hangzhou, a généralement nié toute pratique illicite dans des affaires similaires par le passé. Il est probable que l'entreprise conteste ces allégations, invoquant l'absence de preuves tangibles ou la liberté d'utilisation des interfaces publiques. Les modèles d'IA comme Claude sont souvent accessibles via des API ou des interfaces web, ce qui rend théoriquement possible leur exploitation à grande échelle si les mesures de sécurité ne sont pas suffisantes.

Des précédents dans le secteur

Ce n'est pas la première fois qu'une entreprise américaine d'IA accuse des rivaux chinois de « distillation » illicite. OpenAI avait déjà pointé du doigt des tentatives similaires visant à copier les capacités de ChatGPT. Le phénomène s'inscrit dans une guerre technologique plus large où les États-Unis et la Chine se disputent la suprématie en matière d'intelligence artificielle. Les entreprises chinoises, confrontées à des restrictions d'accès à certains composants et logiciels américains, cherchent parfois à rattraper leur retard en s'inspirant des modèles existants.

Des implications juridiques et diplomatiques

Cette affaire pourrait avoir des répercussions au-delà du simple différend commercial. Si Anthropic décide de poursuivre Alibaba en justice, cela raviverait les débats sur la protection de la propriété intellectuelle dans le domaine de l'IA, un secteur où les frontières entre inspiration, recherche légitime et vol sont souvent floues. Par ailleurs, ces accusations pourraient durcir les positions des régulateurs américains, déjà enclins à restreindre les transferts de technologies sensibles vers la Chine.

Pour l'instant, Anthropic n'a pas indiqué si elle comptait engager une action en justice. L'entreprise se concentre sur la sécurisation de ses systèmes et sur la prévention de futures tentatives d'extraction. Les observateurs du secteur estiment que cet incident illustre la nécessité de développer des mécanismes de détection plus robustes pour protéger les modèles d'IA contre ce type d'exploitation.

Un modèle très convoité

Claude, développé par Anthropic avec le soutien de grands investisseurs, est considéré comme l'un des modèles d'IA les plus performants et les plus prudents du marché. Sa réputation en matière de sécurité et de fiabilité en fait une cible de choix pour les concurrents souhaitant améliorer leurs propres systèmes. Alibaba, de son côté, investit massivement dans l'IA avec Qwen, qui équipe déjà de nombreux services du groupe, du cloud computing au commerce électronique.

L'avenir de cette controverse dépendra des preuves qu'Anthropic pourra produire et de la réponse d'Alibaba. Mais d'ores et déjà, elle révèle les lignes de fracture d'une industrie où l'innovation se double parfois de méthodes contestables.