Un cercle de réflexion hongrois installé dans le quartier européen de Bruxelles, le Mathias Corvinus Collegium (MCC), est devenu en trois ans un instrument majeur de diffusion des idées réactionnaires et anti-écologistes sur le continent. Doté d’un budget annuel de plus de 6,3 millions d’euros, ce think tank se présente comme le « principal carrefour du débat conservateur et de droite en Europe », selon son directeur de la communication, John O’Brien, qui cite parmi ses objectifs celui de « débarrasser » l’Europe de « l’environnementalisme extrême ».
Des doutes semés sur la science climatique
En mai 2024, à quelques jours des élections européennes, le MCC Brussels a organisé une conférence intitulée « Changement climatique : au-delà du consensus ». Des intervenants, dont un professeur de philosophie de l’université de Buckingham et un ancien haut fonctionnaire de la Commission européenne, y ont mis en doute l’état des connaissances scientifiques sur le réchauffement. Le premier a soutenu que le consensus était « bien plus incertain qu’on ne le laisse entendre », tandis que le second a qualifié l’objectif européen de neutralité carbone de « propagande stupide ». Un ancien professeur du Massachusetts Institute of Technology a avancé qu’une hausse de 1,5 °C aurait des effets négligeables, et plusieurs orateurs ont comparé le consensus climatique à l’eugénisme ou au lyssenkisme soviétique, accusant les pouvoirs politiques d’avoir « invoqué la science » pour imposer des politiques autoritaires.
Des financements issus du pétrole russe
La quasi-totalité du budget du think tank bruxellois provient de sa maison mère hongroise, le Mathias Corvinus Collegium (MCC Budapest). Cette université privée, présidée par Balázs Orbán, ex-directeur politique du Premier ministre Viktor Orbán, est décrite comme « un vivier pour les futures élites favorables au Fidesz », le parti fondé par Orbán. Son financement repose notamment sur une participation de 10 % dans MOL, le géant pétrolier hongrois, dont une partie substantielle des bénéfices provient de l’importation de pétrole russe. Les dividendes de cette ressource fossile servent donc à financer la croisade du MCC contre le « progressisme » européen.
Une stratégie d’hégémonie culturelle
À la tête du MCC Brussels, Frank Furedi, universitaire d’origine hongroise et canadienne, revendique sans détour son projet comme une « bataille pour l’hégémonie culturelle », visant à construire « une intelligentsia alternative » qui « remet en question la vision dominante et centriste de la vie publique européenne ». Cette approche s’inscrit dans la volonté de Viktor Orbán de « prendre le contrôle de Bruxelles », selon des analystes. Frank Furedi affirmait en début d’année 2026 : « Quand nous sommes arrivés à Bruxelles, les gens nous ont dit : “C’est inutile, personne ne vous écoutera”. Nous sommes parvenus à sortir de cette impasse. »
Un réseau qui survit à la défaite d’Orbán
La défaite de Viktor Orbán aux élections hongroises d’avril 2026 a constitué un soulagement pour beaucoup. Pourtant, ce qu’il a contribué à semer en Europe a pris racine trop profondément pour être extirpé par une seule élection. Le MCC Brussels continue d’opérer, de rassembler les extrêmes droites du continent et de mener la guerre contre les politiques climatiques, grâce à des financements qui perdurent. Le chercheur Leonardo Puleo, de l’Université libre de Bruxelles, souligne que la stratégie du think tank est explicitement gramscienne, visant une conquête culturelle à long terme, au-delà des alternances politiques.
Un think tank parmi les mieux dotés de Bruxelles
Avec un budget qui en fait l’un des cercles de réflexion les plus riches de la capitale européenne, le MCC Brussels a su attirer des figures des droites radicales du continent. Son influence s’exerce notamment via des conférences, des publications et un réseau de partenaires, faisant de cette structure une plaque tournante du débat conservateur en Europe. La persistance de son action, même après le revers électoral de Viktor Orbán, témoigne de l’enracinement profond de ce réseau idéologique au sein des institutions européennes.