Un lancement en deux temps

Apple a présenté lundi une version profondément remaniée de son assistant vocal Siri, intégrant des fonctionnalités d'intelligence artificielle destinées à répondre aux questions, réaliser des tâches et retrouver des informations sur l'appareil et les applications. Si la société a indiqué que ce service serait déployé dans le courant de l'année, elle a immédiatement précisé qu'il ne serait pas accessible aux quelque 450 millions de consommateurs résidant dans l'Union européenne.

Le Digital Markets Act au cœur du litige

L'origine du blocage est un désaccord entre Apple et la Commission européenne au sujet du règlement sur les marchés numériques (DMA). Cette législation, qui vise à renforcer la concurrence, impose aux grandes plateformes technologiques — qualifiées de « contrôleurs d'accès » — de garantir l'interopérabilité de leurs systèmes. En pratique, cela signifierait qu'Apple devrait autoriser des développeurs tiers à proposer leurs propres assistants numériques concurrents de Siri, téléchargeables sur ses appareils.

La position de Bruxelles est que ces règles sont nécessaires pour offrir davantage de choix aux utilisateurs et stimuler la compétitivité. Un porte-parole de l'exécutif européen, Thomas Regnier, a déclaré qu'Apple était un « contrôleur d'accès » et qu'il « n'était pas autorisé à fermer le marché ». Il a ajouté que la société « demande simplement à la Commission d'être exemptée de ses obligations d'interopérabilité » au lieu de rechercher « des solutions de conformité appropriées », qualifiant cette approche d'« inacceptable ».

Les craintes d'Apple en matière de sécurité

De son côté, Apple justifie son refus par des préoccupations touchant à la vie privée et à la sécurité des utilisateurs. La société explique qu'un assistant exploitant l'IA, pour être efficace, doit disposer d'un accès étendu aux fichiers, applications, photos et autres données personnelles stockées sur l'appareil. Selon elle, ouvrir cet accès à un développeur externe créerait un risque de vol de données sensibles — mots de passe, clichés personnels — ou de modification non autorisée des fichiers et des paramètres du compte.

Dans une déclaration officielle, Apple a affirmé que « selon les régulateurs de l'UE, le DMA exige qu'Apple accorde à tout système d'IA un accès quasi illimité à l'appareil d'un utilisateur, ainsi que la capacité d'agir de manière autonome sans que l'utilisateur n'ait de visibilité ou de contrôle permanent ».

Des négociations infructueuses

La firme de Cupertino indique avoir mené plusieurs mois de discussions avec la Commission européenne et avoir proposé différentes alternatives, notamment un système qui aurait permis l'utilisation d'assistants tiers tout en limitant l'accès à certaines catégories de données. Ces propositions auraient été rejetées par Bruxelles. Apple précise qu'elle n'a actuellement aucun calendrier pour rendre le service disponible sur iPhone, iPad et Apple Watch dans l'UE.

Une exception pour les Mac

Le nouveau Siri sera néanmoins proposé sur les ordinateurs Mac dans l'ensemble des marchés, y compris européens. La question du DMA ne s'applique pas de la même manière à macOS qu'à iOS, ce qui permet à Apple de contourner le blocage réglementaire sur cette plateforme.

Un précédent pour les géants américains

Cette situation n'est pas inédite. En 2024, Apple avait déjà retardé le lancement de certaines fonctionnalités d'intelligence artificielle en Europe pour des raisons similaires. Plus récemment, Meta avait également dû reporter le déploiement de ses services d'IA, de ses lunettes connectées et du réseau social Threads sur le marché européen avant de finalement les y lancer.

Des enjeux économiques considérables

L'Union européenne constitue le deuxième marché d'Apple après les États-Unis, avec un chiffre d'affaires de 111 milliards de dollars réalisé en 2025 dans la zone des 27 États membres. La Chine, troisième marché du groupe, ne bénéficiera pas non plus immédiatement de la mise à jour de Siri, pour des raisons qui n'ont pas été précisées dans le cadre de ce différend réglementaire.

Un bras de fer sans issue immédiate

Apple a développé cette nouvelle version de Siri en partenariat avec Google. Alors que le géant américain affirme que les exigences du DMA compromettent la sécurité des utilisateurs, la Commission européenne maintient que les obligations d'ouverture sont indispensables pour garantir la concurrence. Le dialogue semble au point mort et aucun compromis n'est en vue, laissant les consommateurs européens dans l'attente de cette innovation.