Le président argentin Javier Milei a annoncé dimanche la nomination de Diego Santilli au poste de chef du cabinet des ministres, l'équivalent du Premier ministre, en remplacement de Manuel Adorni. Ce dernier avait présenté sa démission la veille, emporté par un scandale de corruption qui ébranle le gouvernement depuis plusieurs mois.
Diego Santilli, qui occupait jusqu'à présent le poste de ministre de l'Intérieur, est un vétéran de la politique argentine. Son parcours au sein de l'appareil d'État contraste avec le profil plus médiatique et disruptif de son prédécesseur. Cette nomination est perçue comme une tentative de rassurer l'opinion publique et de stabiliser un exécutif fragilisé, alors que la lutte contre la corruption constituait l'un des piliers de la campagne de Javier Milei.
Un scandale qui couvait depuis des mois
L'affaire qui a conduit à la chute de Manuel Adorni a débuté en mars dernier, lorsqu'un voyage privé de son épouse à New York, effectué à bord de l'avion officiel du gouvernement argentin puis en jet privé, a suscité l'indignation. Les Argentins, qui subissent depuis deux ans et demi les coupes budgétaires drastiques imposées par le gouvernement, ont mal accueilli ces dépenses luxueuses.
Au fil des semaines, les révélations se sont multipliées concernant les dépenses du chef de cabinet, qui aurait acquis en espèces plusieurs biens de luxe et propriétés immobilières. Le 11 juin, Manuel Adorni a admis, lors d'une intervention télévisée, s'être enrichi grâce à des investissements dans les cryptomonnaies et avoir omis de déclarer 500 000 dollars au fisc. « Nous avons économisé sans déclarer, comme le font la majorité des Argentins », s'est-il justifié, une explication qui n'a pas convaincu. Il fait désormais l'objet de poursuites judiciaires pour enrichissement illicite.
Des fissures au sein du parti présidentiel
Javier Milei et sa sœur Karina Milei, figure influente de l'ombre, avaient initialement apporté leur soutien sans faille à Manuel Adorni. Cependant, l'unité du parti La Libertad Avanza a progressivement montré des signes de fragilité. Patricia Bullrich, sénatrice du parti et ancienne ministre de la Sécurité, aurait exprimé ses doutes au président concernant le comportement du chef de cabinet. La pression médiatique et judiciaire a finalement rendu son maintien au gouvernement intenable.
Un test pour la crédibilité de l'administration Milei
Cette affaire représente un défi majeur pour Javier Milei, qui a bâti son succès électoral sur un discours anti-corruption et de rigueur budgétaire. La rapidité avec laquelle il a procédé à la nomination de Diego Santilli témoigne de l'urgence à restaurer la confiance. Reste à savoir si ce changement à la tête du cabinet permettra de tourner la page du scandale Adorni ou si d'autres révélations menaceront la stabilité du gouvernement argentin.