Près de trois ans après le drame, la justice a franchi une étape décisive dans l'enquête sur l'assassinat du professeur de français Dominique Bernard. Le parquet a requis l'ouverture d'un procès criminel à l'encontre de l'assaillant, Mohammed Mogouchkov, mais aussi de son frère cadet et de leur cousin. Cette décision, rendue publique ces derniers jours, marque la fin de la phase d'instruction et ouvre la voie à un jugement devant la cour d'assises.
Le 13 octobre 2023, Mohammed Mogouchkov, alors âgé de 20 ans, s'était introduit dans l'enceinte du lycée Gambetta-Carnot à Arras, armé de plusieurs couteaux. Il avait mortellement blessé Dominique Bernard, un enseignant de 57 ans, avant d'être maîtrisé puis interpellé par les forces de l'ordre. Dans ses premières déclarations, il avait revendiqué son acte au nom du groupe jihadiste État islamique. L'attaque, survenue en plein cours de la matinée, avait plongé l'établissement et le pays tout entier dans l'effroi, ravivant le spectre du terrorisme islamiste dans les établissements scolaires.
Les investigations menées par les magistrats instructeurs ont permis d'établir les responsabilités respectives des trois mis en cause. Si Mohammed Mogouchkov est le seul auteur matériel des coups mortels, son frère cadet et son cousin sont soupçonnés d'avoir joué un rôle dans la préparation ou la logistique entourant le passage à l'acte. Les charges retenues contre eux incluent notamment la complicité d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste. Le parquet estime que les éléments réunis justifient un procès public devant une cour d'assises spécialement composée, compétente pour les affaires de terrorisme.
Cette annonce intervient alors que l'instruction a été menée sous le régime de la criminalité organisée, permettant aux juges de recourir à des moyens d'enquête étendus. Les auditions, les expertises psychiatriques et les analyses des communications numériques ont constitué l'essentiel du travail d'investigation. Le dossier, désormais complet, a été transmis au parquet qui a formulé ses réquisitions. Il appartient désormais au juge d'instruction de rendre une ordonnance de mise en accusation, décision qui pourrait intervenir dans les prochaines semaines.
Meurtre prémédité, caractère terroriste revendiqué, préméditation et association de malfaiteurs : les qualifications pénales envisagées sont lourdes. Mohammed Mogouchkov encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Ses deux co-mis en cause, dont les liens familiaux avec l'assaillant étaient déjà connus des services de renseignement avant les faits, risquent des peines allant jusqu'à trente ans de réclusion.
Le lycée Gambetta-Carnot, où enseignait Dominique Bernard, a depuis été le théâtre de plusieurs hommages et d'une visite présidentielle. L'assassinat a également conduit à des mesures de sécurisation renforcée dans les établissements scolaires français, ainsi qu'à une réévaluation des procédures de suivi des individus radicalisés.
Les familles des victimes et leurs avocats, qui avaient réclamé une procédure rapide, accueillent favorablement cette avancée. Ils attendent désormais une date de procès, qui pourrait être fixée dans les mois à venir. L'affaire, suivie par l'ensemble de la communauté éducative, restera l'un des symboles de la menace terroriste persistante en France.
Le parquet n'a pas souhaité commenter davantage les réquisitions, mais des sources proches du dossier confirment que le dossier d'instruction est jugé solide. La défense des trois accusés, de son côté, n'a pas encore communiqué sur les suites qu'elle envisage, notamment sur une éventuelle contestation des charges. L'affaire devrait être examinée par la chambre de l'instruction avant tout renvoi devant la cour d'assises.